Les patients atteints d’un syndrome de l’intestin irritable souffrent-ils de carences ?

Deux tiers des personnes souffrant d’un syndrome de l’intestin irritable estiment que leurs symptômes sont en relation avec l’alimentation et finissent par exclure de celle-ci certaines catégories d’aliments.

Les hydrates de carbone, les aliments gras, le café, l’alcool et les épices sont souvent considérés comme des aliments déclencheurs de crise. Ces exclusions peuvent-elles aller jusqu’à entraîner des carences ?

Pour répondre à cette question, une enquête a été menée auprès de 104 volontaires souffrant d’un syndrome de l’intestin irritable. Les volontaires devaient remplir un questionnaire portant sur les 12 mois précédents, avec des questions du type « Combien de fois au cours de 12 mois précédents avez-vous mangé… », et ceci pour 134 aliments. A chaque question correspondaient 9 réponses possibles, allant de jamais à 6 fois ou plus par jour.

Les réponses sont plutôt rassurantes, ces patients ne risquent pas la sous-alimentation. La synthèse des réponses montre même que la consommation énergétique moyenne est significativement plus élevée que les apports recommandés, ainsi que les apports protéiques. Les micronutriments dépassent tous aussi les apports conseillés, indiquant que les restrictions alimentaires des participants n’affectent pas globalement leurs apports nutritifs.

Les auteurs sont surpris par le paradoxe entre les apports énergétiques supérieurs aux recommandations et le fait que les participants à l’étude ont un indice de masse corporelle (IMC) plutôt bas ou en tous cas dépassant rarement 25. Ils avancent plusieurs hypothèses : un besoin énergétique supérieur du fait d’une motricité intestinale anormale et d’une malabsorption, ou une dépense énergétique accrue par augmentation du métabolisme ou une activité physique plus élevée. Des travaux ultérieurs apporteront sans doute une réponse à cette question.

Il existe toutefois une limite à la généralisation de ces conclusions, elle relève du mode de recrutement des patients. Ces volontaires recrutés via le net et un affichage dans une université, n’étaient pas pris en charge médicalement au moment de l’étude et indiquaient maîtriser eux-mêmes leurs symptômes. Ils ne peuvent donc sans doute pas être exactement comparés aux patients vus dans les cabinets médicaux, susceptibles de présenter une symptomatologie plus grave, avec des exclusions alimentaires plus radicales. Une autre remarque concerne le questionnaire, de type rétrospectif et donc sujet à des erreurs d’appréciation. Les auteurs conviennent qu’un questionnaire prospectif serait sans doute plus fiable, mais la variabilité et de la sévérité des symptômes rendent plus complexe cette procédure.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Williams EA et coll. : Dietary intakes in people with irritable bowel syndrome. BMC Gastroenterology 2011 ; 11 : 9.

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