Chirurgie de l’obésité : quelle intervention pour éviter le RGO ?

Parmi les interventions de chirurgie bariatrique (CB), la gastroplastie verticale calibrée (GVC), ou sleeve gastrectomy tient une place de choix. Les données épidémiologiques assurent que la réduction de l’indice de masse corporelle (IMC) s’accompagne d’une baisse d’incidence du reflux gastro-œsophagien (RGO), mais ceci semble varier avec le type d’intervention de CB pratiquée.

La préexistence chez le futur opéré d’un RGO doit être prise en compte dans le choix de la technique, sous peine de le voir aggravé en postopératoire au point de menacer la qualité de vie (qdv) et d’imposer éventuellement une correction chirurgicale.

Six auteurs, travaillant dans 3 pays différents, ont tenté, à partir d’une étude de cohorte rétrospective, de définir le risque de RGO après CB et d’identifier quelle technique privilégier en cas de RGO préopératoire.
Leur étude a porté sur 718 obèses de 18 à 65 ans opérés entre 2010 et 2019. Plusieurs interventions sous cœlioscopie ont été pratiquées pour réduire le poids des malades : 264 pontages gastriques d’anastomose unique (36,8 %), 218 GVC (30.4%) 175 cerclages gastriques (24,4 %) et 61 courts-circuits gastriques (8,5 %).

Eviter la gastroplastie verticale calibrée

Les opérés ont été suivis pendant 2 ans et soumis à des questionnaires spécifiquement orientés sur le RGO, comportant 6 questions axées sur les symptômes et leur fréquence par semaine. Avant l’intervention, 236 malades (près d’1/3) accusaient des symptômes de RGO : pyrosis, régurgitations, dysphagie, odynophagie (déglutition douloureuse).

Or, 96 d’entre eux (41 %) ont éprouvé la persistance ou l’aggravation de leurs symptômes, et cette proportion, qui a été de 29% pour la moyenne des 3 autres techniques, a atteint 39 (93 %) des 42 opérés par GVC (p < 0,001). Par ailleurs 71 opérés ont développé des symptômes de RGO alors qu’ils en étaient indemnes avant l’opération, mais avec un RGO asymptomatique dépisté par le suivi d’une gorgée de produit de contraste sous écran.

Parmi ceux-ci, 52 sur les 90 qui avaient subi d’autres interventions (58 %), et 19 sur les 23 GVC (83 %), ont développé un RGO symptomatique (p = 0,03). Au total, on compte 167 RGO postopératoires, dont 87 (40 %) pour les 218 GVC et 80 (16 %) pour les 500 autres. Les autres paramètres (diabète, tabagisme, tabagisme, hypertension) n’ont aucun impact sur la survenue d’un RGO.

Même si la gastroplastie verticale calibrée demeure une arme efficace pour traiter les obésités morbides, il semble qu’un reflux asymptomatique préopératoire repéré par la remontée d’une gorgée de baryte en scopie doive lui faire préférer une technique différente pour éviter de voir survenir un reflux postopératoire invalidant.

Dr Jean-Fred Warlin

Références
Abu Sneineh M et coll. : Sleeve gastrectomy is the most common cause of gastroesophageal reflux disease in comparison with other bariatric operations.
Digestive Diseases 2021; 39: 462-466.

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Vos réactions (1)

  • il n'y a pas que le RGO !

    Le 25 mai 2022

    Le gros inconvénient de la "sleeve" est en effet le RGO ...même asymptomatique ! Dans 80 % des cas d'après les fibroscopies gastriques existe un RGO, avec atteinte de la muqueuse du bas oesophage , capable de faire le lit d'un cancer : on ne sait pas actuellement le devenir de ces 80 % de RGO plus ou moins symptomatiques, ni quelle surveillance leur proposer.
    En pratique mieux vaut éviter cette technique bariatrique, à moins de nous présenter des résultats rassurants avec un recul de 20 ans ...

    Dr F Chassaing

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