L’autorisation du glyphosate de nouveau en débat

Bruxelles, le mercredi 21 septembre 2023 – La Commission Européenne a proposé de renouveler pour dix ans l’autorisation du glyphosate dans l’Union Européenne. Une proposition loin de faire l’unanimité.

Le glyphosate, principe actif d’un grand nombre d’herbicides et notamment du fameux Roundup de Monsanto, est-il dangereux pour la santé et l’environnement ? On serait presque tenté de dire que la question est secondaire, tant le débat est désormais devenu plus politique que véritablement scientifique. Ce mercredi, la Commission Européenne a ainsi proposé que l’autorisation de commercialisation du glyphosate, qui doit expirer le 15 décembre prochain, soit renouvelée pour dix ans au sein de l’Union Européenne, suscitant la colère immédiate des mouvements écologistes.

La proposition de la Commission Européenne s’appuie essentiellement sur les rapports récents de deux agences européennes, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) et l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Tour à tour, respectivement en mai 2022 et en juillet de cette année, ces deux organismes ont conclu que le glyphosate ne présentait pas de « domaine de préoccupation critique » chez les humains, les animaux et l’environnement (comprenez qu’il n’est pas dangereux) et que rien ne s’opposait donc à son utilisation.

Les 27 divisés sur le glyphosate

La Commission Européenne ne donne pas pour autant un blanc-seing à ce pesticide controversé. Elle recommande ainsi l’interdiction de certaines pratiques, comme la dessiccation (l’épandage de glyphosate pour sécher une culture avant la récolte) et demande aux Etats membres, chargés de déterminer précisément les autorisations d’utilisation, « d’apporter une attention particulière aux risques environnementaux ». L’EFSA n’a en effet pas totalement exclu dans son rapport un « risque élevé à long terme chez les mammifères » d’une exposition au glyphosate. « Rien ne nous empêche, dans un mois, dans un an ou dans cinq ans, de rouvrir le dossier si le travail des scientifiques le justifie » rappelle d’ailleurs la Commission.

Malgré les deux rapports rassurants émis par l’ECHA et l’EFSA, l’autorisation du glyphosate est loin de faire l’unanimité parmi les Etats membres. Alors que les 27 doivent se prononcer sur la proposition de la Commission Européenne le 13 octobre prochain, la France, l’Allemagne, l’Autriche et les Pays-Bas ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils s’opposeraient à cette prolongation de dix ans de l’autorisation du glyphosate. La France défend notamment l’idée d’une sortie progressive du glyphosate et plus généralement des pesticides. Rappelons qu’en 2017, Emmanuel Macron s’était engagé à interdire le glyphosate en France d’ici 2021, avant de renoncer à ce projet en 2019.

La question est d’autant plus épineuse que les élections européennes, prévues pour juin prochain, approchent à grand pas et que les partis de droite et d’extrême-droite, plutôt favorables à l’utilisation des pesticides, y sont donnés favoris. Pour rajouter un peu de complexité à l’affaire, rappelons que le vote du 13 octobre prochain se fera à la double majorité qualifiée (15 Etats membres représentant 65 % de la population) et que les volte-face sont possibles : lors du dernier vote sur le glyphosate en 2017, l’Allemagne s’était décidée au dernier moment en faveur de l’autorisation du pesticide.

Le glyphosate responsable de maladies neurologiques ?

Le glyphosate est depuis plusieurs années au cœur d’une importante polémique scientifique sur sa supposée dangerosité. Tout a commencé en 2015 lorsque le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le glyphosate comme « cancérogène probable ». Depuis, seul l’Inserm a rejoint la position du CIRC et a conclu à la nocivité du glyphosate, la plupart des autres instances nationales et internationales penchant plutôt pour l’absence de dangerosité.

Mais les associations écologistes accusent généralement ces organismes d’être dans la main de l’industrie agro-alimentaire (en 2017, il a été prouvé l’existence de liens d’intérêt entre des firmes agrochimiques et des membres de l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques), à tel point que la Commission Européenne a demandé l’an dernier qu’une expertise soit menée…sur la qualité des expertises !

« Presque chaque jour est publiée une nouvelle étude sur le glyphosate » résume la Commission Européenne. Bruxelles ne croit pas si bien dire : une étude menée par des chercheurs taiwanais et publiée le 6 septembre dernier dans le Journal of Exposure Science a constaté un lien entre l’exposition au glyphosate et la présence dans le sang de neurofilaments à chaine légère, un biomarqueur de lésions neuronales caractéristiques de diverses pathologies neurologiques (maladie d’Alzheimer, maladie de Parkinson, sclérose en plaque, maladie de Charcot…). Peut être un nouvel argument en faveur des détracteurs du glyphosate, même si les experts estiment que des études plus poussées doivent être menées pour confirmer la causalité entre exposition au glyphosate et développement de maladies neurologiques.

Quentin Haroche

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Vos réactions (5)

  • Tout = n’importe quoi = rien

    Le 21 septembre 2023

    Tout = n’importe quoi = rien

    A/ « Cancérogène probable… » Qui pourrait peut-être causer LE cancer. Quel cancer ? Gliome ? C. épidermoïde du col utérin ? Adénocarcinome du col utérin ? Leiomyosarcome ? Leucémie à tricholeucocytes ?
    B/ « biomarqueur de lésions neuronales caractéristiques de diverses pathologies neurologiques (maladie d’Alzheimer, maladie de Parkinson, sclérose en plaque, maladie de Charcot…) »
    C/ Pourquoi ne pas affiner la prétention et oser écrire « capable d’engendrer toutes les maladies possibles » ?
    D/ Rappel : Il est impossible de démontrer que quelque chose est impossible. (Il est impossible de démontrer que la consommation de betteraves au soleil ne peut absolument jamais, en aucun cas engendrer une tempête dans le Golfe de Gascogne). Face à un tribunal, il sera donc toujours impossible de démontrer qu’un produit ne peut pas provoquer ceci ou cela.

    Dr C. Kariger

  • Comme d'habitude

    Le 23 septembre 2023

    Comme d'habitude l'opacité est totale puisque l'on amalgame tous les documents en faveur ou en défaveur du glyphosate. Comme les articles favorables sont plus nombreux que les défavorables, c'est la prolongation de l'utilisation qui l'emporte. Sauf que l'on évite généralement, pas toujours certes, de se pencher sur les conflits d'intérêt, qui souvent sont habilement dissimulés...

    Dr F. Perrey

  • Simple délit de sale g...

    Le 26 septembre 2023

    En pratique, le glyphosate, qui visiblement n'est pas un cancérigène prouvé (après plus de 50 ans de commercialisation) souffre d'un délit de sale g... de la part de nos ayatollahs de l'écologie !

    Il est en effet très efficace, très peu toxique dans des conditions d'utilisation normale et accessible financièrement, dans tous les cas, il est l'exact inverse de nos sectes écologiques qui ont déjà failli faire plonger la France dans le noir l'année dernière à cause de leur bêtise légendaire.

    Les solutions de "remplacement" sont soit inefficaces (acide pélargonique, chalumeau) soit désastreuses pour la biodiversité (vinaigre, gros sel, huile de vidange, sur-mécanisation) ! Sans aucune solution de remplacement crédible, je propose de rétablir la corvée pour les antiglyphosates afin qu'ils binent bénévolement les champs de nos agriculteurs un jour par semaine, après il y a de gros risques qu'ils arrachent du blé, des pommes de terre ou des betteraves en lieu et place des mauvaises herbes.

    Nos "écolos" feraient bien mieux de s'occuper des pesticides "bios" dont certains comme les sels de cuivre, le Bt et le spinosad sont un désastre pour la biodiversité ou les abeilles.

    Nos autorités devraient se demander pourquoi il existe un trafic de glyphosate en provenance de pays voisins !

    Le glyphosate, victime des mensonges écolos, devrait revenir dans les rayons pour les particuliers qui le souhaitent.

    Dr F-X Le Foulon

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