Les internes disent non à Mélenchon

Paris, le mercredi 18 novembre 2020 – Le leader de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon a proposé de contraindre les jeunes médecins à exercer durant 10 ans dans des déserts médicaux. Les internes se disent totalement opposés à cette mesure.

Selon le dernier rapport de la Drees, 3,8 millions de Français vivaient dans des zones sous-dotés en médecins libéraux en 2018 et le phénomène de désertification médicale ne cesse de s’accentuer depuis plusieurs années. La lutte contre les déserts médicaux est devenue une véritable épine dans le pied des décideurs publics ces dernières années. Les mesures d’incitation financière visant à pousser les médecins à s’installer dans les zones sous dotés, ne portent pas leur fruit. Alors puisque le libéralisme ne marche pas, certains, à gauche, imaginent une solution bien plus radicale : la contrainte étatique.

Le SMIC contre 10 années au service de l’Etat

Interrogée jeudi dernier sur les antennes de BFM TV à la suite de l’annonce de sa candidature à l’élection présidentielle de 2022, le leader de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon a ainsi ressorti une vieille solution de la gauche radicale : contraindre les jeunes médecins à s’installer dans les déserts médicaux. Selon le plan du député des Bouches-du-Rhône, les étudiants en médecine, en échange d’un salaire au SMIC durant l’intégralité de leur étude, « devront 10 années à l’État ». Ils seront alors envoyés dans des centres de santé « dans le Lot, en Corrèze, en Aveyron… ». La médecine libérale n’aurait alors plus de libérale que le nom, puisqu’elle obéirait à une véritable planification étatique.

Sans surprise, la proposition du candidat insoumis a provoqué la colère des médecins libéraux. Ce sont surtout les internes (les premiers concernés), par l’intermédiaire de leur principal syndicat (Intersyndicale Nationale des Internes) qui ont exprimé leur refus de voir les jeunes médecins sacrifiés sur l’autel de la lutte contre les déserts médicaux.

Dans un communiqué publié ce jeudi, les internes rappellent tout d’abord que le système proposé par Jean-Luc Mélenchon existe déjà. Depuis 2012, les étudiants en médecine ont en effet la possibilité de signer un contrat d’engagement de service public (CESP) : en échange d’un salaire de 1 200 euros par mois durant leurs études, ils s’engagent alors à travailler dans une zone sous dotée durant le même nombre d’années que celui où ils ont bénéficié de cette rémunération.

Les étudiants en médecine ne sont ni des profiteurs, ni des ingrats

Surtout, le communiqué de presse souhaite battre en brèche l’idée selon lequel les médecins seraient des profiteurs du système, formés gratuitement par l’Etat avant d’aller faire fortune dans les cabinets des grandes villes. En effet, si les études de médecine sont presque gratuites et prises en charge par l’Etat, il en est de même de presque toutes les études en France. « Un étudiant en médecine coûte entre 8 000 et 10 000 euros par an à la société pendant ses 4 premières années ; par comparaison, un lycéen coûte 11 500 euros/an » rappelle le communiqué.

Les internes insistent aussi sur une particularité des études de médecine. Dès l’externat et plus encore à partir de l’internat, les futurs médecins travaillent déjà pour la collectivité, sans forcément être rétribués à la hauteur de leur engagement. Ainsi, alors qu’ils travaillent en moyenne 52 heures hebdomadaires (au-dessus donc des 48 heures de maximum légal), les internes ne sont payés qu’à la moitié du SMIC horaire.

Contrairement à ce que pourrait laisser penser les insoumis, « l’étudiant en médecine ne coûte rien à l’Etat, au contraire il est très rentable ». Selon l’INSI, l’État ferait ainsi un « bénéfice » compris entre 80 000 et 120 000 euros pour chaque médecin formé.

Jean-Luc Mélenchon prêt à écouter les internes

Loin de minimiser le problème des déserts médicaux, l’INSI rappelle que ce phénomène n’est que le symptôme d’un problème structurel plus profond, celui de l’ « abandon » de certaines parties de nos territoires par l’Etat et les services publics. « En l’état actuel, les moyens de coercition seraient donc contre-productifs et dangereux » conclut le communiqué. On peut en effet supposer que si ce projet était mis en œuvre, de nombreux carabins renonceraient à toute installation.

Ce n’est pas la première fois que le parti de Jean-Luc Mélenchon propose la mise en place de mesures coercitives pour lutter contre les déserts médicaux. En mars 2019, les députés insoumis avaient déposé un amendement à la loi de Santé pour limiter la liberté d’installation. Mais si les idées restent, le ton en revanche a changé. Ainsi, si la députée LFI Caroline Fiat (aide soignante de profession) avait à l’époque dénoncé « l’ingratitude corporatiste » des médecins, elle a cette fois accepté de débattre de cette proposition avec des représentants de l’INSI. Louant « un entretien constructif » et « l’écoute attentive de Mme Fiat », les internes ont dit vouloir continuer à éclairer LFI sur la situation des internes français. Tout dialogue n’est donc pas rompu entre les futurs médecins et l’actuel candidat à la présidentielle.

Nicolas Barbet

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Vos réactions (4)

  • Pénurie voulue et organisée...

    Le 18 novembre 2020

    Il faudrait peut-être, ENFIN, citer l'origine de cette pénurie de médecins et de ces fameux déserts qui ne sont pas ni le Larzac, ni la Corrèze, mais Paris, la Hte Savoie ou bien d'autres régions ...non désertiques. La France a besoin de former 8000 médecins par an, et probablement même un peu plus depuis le papy boom et l'inversion de la pyramide des âges.

    Un ancien premier ministre nommé Lionel Jospin a eu à l'époque, le raisonnement (?) suivant: trou de SS donc moins il y a de médecins, moins il y a de prescriptions et donc moins de trou de SS. Ce responsable (?) a serré le numerus clausus à 4000/an. Il a même mis en place le MICA: retraite plein pot à 60 ans. Heureux confrères de l'époque. Cette dernière initiative a été supprimée au bout de deux ans, par contre le blocage du numerus clausus a été prolongé par ses successeurs et n'a été levé que depuis peu d'années.

    Alors si l'on fait un savant calcul: 8000 - 4000 = 4000 médecins/an non formés pendant toutes ces années, soit environ 50 à 60 000 ! Connaissant parfaitement le nombre de médecins en exercice, leur âge et donc la date de leur départ en retraite, il ne fallait pas être grand clerc pour savoir qu'il y aurait OBLIGATOIREMENT une pénurie médicale directement proportionnelle à la durée de cette absurdité!

    Alors maintenant corriger les conséquences de ces incompétence basiques: sachant qu'il faut 10 ans pour former un médecin...
    Alors, oui on donne des aides, des incitations aux installations, certains envisagent même l'obligation d'installation dans certaines zones dite désertiques...mais on oublie tout simplement que le problème est la pénurie majeure de médecins. Donnée première qu'évacue médias et politiques. Curieuse amnésie...
    Mais il parait que gouverner c'est prévoir...

    Dr. A. Carillon

  • Démagogie

    Le 19 novembre 2020

    Décidément Mélenchon a bien fait de rendre hommage à la veuve de Fidel Castro et semble vouloir reprendre le flambeau de la bureaucratie autoritaire. Payer au SMIC les étudiants en médecine les moins fortunés contre une installation de 10 ans dans les déserts médicaux c'est non seulement contre productif mais inégalitaire puisque ce sont les plus modestes qui seraient candidats à ce type de deal. Après nous avoir rappelé ce que la formation d'un médecin coûte à l'Etat (sic !!!) en oubliant au passage les service rendus par les externes et les internes dans les hôpitaux, il nous ressort la même chose avec une sauce aigre douce. Il devient de plus en plus inaudible, de mauvaise foi et autoritaire. C'est pour lui la continuité d'un échec annoncé. Dommage.

    Dr Pierre-André Coulon

  • Pauvres internes

    Le 19 novembre 2020

    Il y a beaucoup de méconnaissances et de fausses vérités sur le sujet.
    L’internat est mort avec le concours de l’internat. Tous les étudiants sont internes et payés, certes peu mais avec les gardes et les récupérations et les congés mieux que leurs aînés qui travaillaient 6 jours sur 7 et avaient les gardes payés à partir de la 6 ieme, autant dire jamais. Mais bon...
    Depuis 2004 et l’ECN le nombre d’étudiants n’a cessé d’augmenter mais dans le même temps l’envie d’exercer la médecine générale a diminué, parce que contrainte avec un concours de classement a 1 coup. Le nombre de spécialistes a augmenté dans les CHU et les cliniques mais pas dans les petites villes ou les grandes cités comme Paris et sa banlieue.
    C’est plus un problème de société.
    L’argent ne fait pas le bonheur et l’on comprend fort bien le désamour des jeunes pour l’exercice seul ou en des lieux isolés.
    On a tellement supprimé toutes leurs responsabilités pendant leurs stages que l’on comprend qu’ils aient peur de travailler isolés.

    Mais pour autant il faut rester optimiste, une fois que tous les bonnes places seront prises les nouveaux seront obligés de s’installer dans les déserts.

    Dr Wladimir Melnick

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