Bon résultats d’une cure de « secours » de corticothérapie anténatale

En cas de menace d'accouchement prématuré (MAP), l’administration d’une corticothérapie anténatale (CAN) aux mères réduit le risque de syndrome de détresse respiratoire (SDR) du nouveau-né, ainsi que la mortalité et la morbidité néonatales. Une répétition des cures de corticoïdes apparait parfois nécessaire en cas de persistance du risque d’accouchement prématuré, afin de réduire l’intervalle entre la naissance et le traitement. Des incertitudes subsistent cependant sur les bénéfices et les risques pour le nouveau-né de ces traitements répétitifs. Ainsi certaines études ne montrent aucun bénéfice, ou des avantages marginaux, des CAN répétitives par rapport à une seule cure de corticothérapie. Par ailleurs, d’autres essais mettent en évidence des conséquences négatives de la répétition des CAN sur le fœtus.

Dans ce contexte, afin d’améliorer la prise en charge des patientes à haut risque d'accouchement prématuré, il est important d’évaluer, par des essais contrôlés randomisés, les risques et les bénéfices des CAN répétitives comparées à une seule cure de corticothérapie.

Cure de corticothérapie de « secours » contre placebo 

Il s’agit ici de la première étude prospective multicentrique randomisée en double aveugle, qui évalue l’impact d’une deuxième cure de CAN dite de « secours » sur la mortalité et la morbidité néonatales. Elle a été effectuée entre mai 2003 et février 2008. 18 centres médicaux y ont participé, dont 15 privés et 3 universitaires. Ont été incluses les patientes enceintes d’un seul enfant ou de jumeaux de moins de 33 semaines d’aménorrhée (SA), qui avaient complété une cure de CAN avant 30 SA et au moins 14 jours avant l’inclusion, et qui étaient jugé être à risque  d’accouchement prématuré dans la semaine à venir. Il faut souligner que cette deuxième cure ou « cure de secours » n’était donc administrée que chez les patientes jugées par le clinicien comme à risque imminent d’accouchement prématuré et non de façon systématique chez toutes les femmes ayant eu une première cure de CAN et n’ayant pas encore accouché. 

Quatre cent trente sept parturientes ont été randomisées : 223 dans le groupe CAN et 214 dans le groupe placebo. Les intervalles moyens entre la randomisation et l’accouchement étaient respectivement de 24,5 et 25,1 jours dans ces deux groupes. Les patientes des groupes CAN et placebo étaient similaires pour toutes les variables évaluées au moment de l’inclusion dans l’étude et à l’accouchement. Au total, dans chacun de deux groupes, 55 % des femmes ont accouché avant 34 SA.

Un bénéfice significatif avec la cure de « secours »

Une réduction significative de la morbidité néonatale composite chez les enfants nés avant la 34ème SA a été observée dans le groupe CAN comparé au groupe placebo (43,9 % vs 63,6 % ; OR 0,45 ; intervalle de confiance à 95 % [IC]: 0,27-0,75 ; p<0,002).  Une réduction significative a également été constatée pour la fréquence des syndromes de détresse respiratoire, de la nécessité d’une ventilation assistée ou d’utilisation de surfactant. La mortalité périnatale et les autres morbidités étaient similaires dans les deux groupes. Une analyse incluant tous les nouveau-nés (y compris ceux nés après la 34ème semaine) a montré également une réduction significative de la morbidité composite et des morbidités respiratoires (32,1% vs 42,6% ; OR : 0,65 ; IC : 0,44-0,97 ; p<0,0034) dans le groupe CAN.

Il faut noter que 9 % des parturientes ont accouché avant la fin de la cure de secours et 2 % ont accouché avant même la prise de la première dose de la cure de secours.

Cette étude montre donc que l’administration d’une seule cure de CAN de « secours » avant 33 SA améliore significativement les résultats néonataux sans effets adverses immédiats ou à court-terme sur la mère et le bébé.

Cependant, par construction, cet essai ne pouvait pas répondre à la question de l’intérêt de l’administration en routine d’une deuxième cure de CAN. Compte tenu des effets néfastes possibles de la répétition des cures, il semble plus prudent de réserver les seconds traitements aux fœtus qui présentent le plus de probabilité de naître à un âge gestationnel où ils peuvent bénéficier de la corticothérapie.

Dr Viola Polena

Référence
Garite TJ et coll. (Obstetrics Collaborative Research Network) : Impact of a 'rescue course' of antenatal corticosteroids: a multicenter randomized placebo-controlled trial. Am J Obstet Gynecol. 2009 ; 200 : 248.e1-9.

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