Comment éviter la «relapse»?

Plus de 20 ans après l'émergence du Sida, les comportements sexuels à risque sont en forte croissance chez les homosexuels masculins dans les pays développés. Cet état de fait, indiscutablement lié à l'apparition de traitements anti-rétroviraux très efficaces au milieu des années 90, explique, qu'encore aujourd'hui, les homosexuels représentent 44 % des nouveaux cas d'infection à VIH aux USA (statistiques 2002).

Pour faire reculer ces comportements dits de « relapse » des interventions psychologiques ou comportementales sont nécessaires. Cependant, curieusement, malgré des milliers de publications sur le sujet, aucun essai randomisé n'avait jusqu'ici abordé la question.

L'étude EXPLORE conduite dans 6 villes américaines était destinée à combler cette lacune. 4295 homosexuels masculins séronégatifs ont été randomisés entre un groupe « suivi standard » et un groupe « intervention ». Les sujets du groupe standard recevaient des conseils individuels de safe-sex deux fois par an. Les sujets du groupe intervention étaient enrôlés dans un programme comportant dix sessions individuelles d'éducation et de conseils, suivies d'une séance de rappel tous les 3 mois. Les entretiens abordaient non seulement le safe-sex proprement dit, mais aussi tous les facteurs susceptibles d'accroître le risque de contamination (troubles de l'humeur, mauvaise perception du risque, non prise en compte du statut sérologique du partenaire, consommation d'alcool ou de stupéfiants, fréquentation de certains types de partenaires ou de certains lieux...).

Les deux groupes étaient représentatifs de la population homosexuelle masculine américaine à risque : par exemple, plus de 10 partenaires au cours des 6 mois précédents dans 42,2 % des cas, relation anale passive non protégée avec un partenaire séropositif ou au statut sérologique inconnu dans 28 % des cas.

Des résultats en demi-teinte

Malgré une présentation étonnamment optimiste par les promoteurs de l'étude, les résultats sont très décevants.
En 4 ans, 144 sujets du groupe contrôle (8,2 %) et 115 du groupe intervention (6,9 %) ont eu une séroconversion. Même si ceci est présenté par les auteurs comme une diminution de 18,2 % du risque relatif (RR) d'infection, ces résultats ne sont pas statistiquement significatifs (OR : 0,82, intervalle de confiance à 95 % [IC 95] entre 0,64 et 1,05). De plus un ajustement sur les autres facteurs de risque de contamination atténue les effets éventuels de l'intervention (diminution de 15,7 % seulement du RR après ajustement avec un IC 95 entre -34,4 % et + 8,4 %).

Dans le même temps le comportement le plus à risque (relation anale passive non protégée avec un partenaire séropositif ou au statut sérologique inconnu) a cependant diminué significativement de 20 % (IC 95 : 11 à 29 %) chez les sujets du groupe intervention par rapport au groupe contrôle. Il faut à cet égard toutefois signaler la possibilité d'un biais dans le recueil des données comportementales lié au fait que les sujets du groupe intervention devaient avoir naturellement moins tendance à faire état de pratiques à très haut risque que les sujets du groupe contrôle.

Contrairement à ce que proclament les auteurs, ce type d'intervention est donc d'une efficacité limitée et relativement fugace, les effets éventuels de ce programme s'estompant après le 18ème mois.

La prévention des comportements de « relapse » chez les homosexuels masculins reste donc toujours à imaginer.

Dr Anastasia Roublev


The EXPLORE study Team : " Effects of a behavioural intervention to reduce acquisition of HIV infection among men who have sex with men : the EXPLORE randomised controlled study." Lancet 2004; 364: 41-50. © Copyright 2004 http://www.jim.fr

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