Comment prévenir les chutes du sujet âgé mal voyant

Les chutes du sujet âgé constituent un problème de santé publique dont l'importance ne fait que croître avec le vieillissement de la population puisque la fréquence et la gravité des chutes augmentent avec l'âge. Aussi de multiples équipes se sont attachées, avec des bonheurs variés, à mettre au point des programmes de prévention des chutes chez les vieillards.

Un groupe néo-zélandais s'est attaqué à un groupe particulièrement à risque, celui des sujets de plus de 75 ans, vivant à leur domicile et souffrant de troubles graves de la vue (acuité visuelle inférieure à 6/24 pour le meilleur oeil après correction maximum). Trois cent quatre vingt onze personnes âgées répondant à ces critères ont été randomisées en quatre types d'intervention : sécurisation de l'habitat (n=100), programme d'entraînement physique à domicile associé à des suppléments en vitamine D (n=97), association des deux interventions (n=98) et simple visite à domicile servant de groupe contrôle (n=96).

La sécurisation de l'habitat comportait une visite du domicile par un spécialiste chargé d'identifier les risques spécifiques, de délivrer des conseils personnalisés, d'établir un projet de rééquipement du domicile en organisant son financement en faisant jouer les diverses aides sociales possibles et de vérifier la réalisation effective des modifications préconisées.

Le programme d'entraînement physique comportait, en théorie, l'apprentissage à domicile par un kinésithérapeute d'exercices de musculation et de rééducation de l'équilibre puis la pratique de ces exercices par le sujet âgé au moins trois fois par semaine durant un an.

Les résultats jugés sur la fréquence des chutes et la gravité des blessures sur une période de un an sont décevants.

Le programme d'entraînement physique s'est traduit par une augmentation (heureusement non significative) du nombre de chutes (risque accru de 15 % avec un intervalle de confiance à 95 % entre - 18 et + 61 %). A l'intérieur de ce groupe, les rares sujets (18 %) ayant pu accomplir le programme fixé dans son intégralité ont été victimes de 4 fois moins de chute que ceux qui n'ont pas pu ou pas voulu le faire. Ceci pourrait simplement indiquer que les personnes âgées susceptibles d'accomplir un tel programme d'entraînement physique sont moins à risque de chutes que les autres.

Le programme de sécurisation de l'habitat a été en apparence positif. Une diminution de la fréquence des chutes de 41 % par rapport au groupe contrôle a en effet été constatée dans ce groupe (intervalle de confiance à 95 % entre 17 et 58 %). Cependant l'interprétation de ce résultat favorable est délicate puisque les chutes ont autant diminué à l'intérieur de la maison (ce qui était espéré) qu'à l'extérieur (ce qui était inattendu pour un programme d'aménagement de l'habitat !). Ceci pourrait laisser entendre que ce sont plutôt les conseils généraux de prudence que la sécurisation du domicile qui ont porté leur fruit.

Enfin il faut peut être souligner que si ce programme de sécurisation de l'habitat a coûté 344 euros par chute évitée, il n'a pas permis une réduction significative des blessures occasionnées...

Si la sécurisation du domicile des personnes âgées à acuité visuelle réduite doit bien sûr être tentée, il ne faut sans doute pas en attendre des miracles.

Dr Céline Dupin


Campbell A et coll. : "Randomised controlled trial of prevention of falls in people aged > 75 with severe visual impairment: the VIP trial." Br Med J 2005. Publication avancée en ligne le 23 septembre 2005. © Copyright 2005 http://www.jim.fr

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