Décompensation de BPCO : mieux vaut une oxygénothérapie titrée qu’à haut débit

Un patient en décompensation de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) n’a pas forcément besoin d’une oxygénothérapie à haut débit. Des audits ont même à plusieurs reprises montré le contraire, et les guides de bonne pratique insistent depuis plusieurs années sur les avantages en termes de survie d’une titration du débit d’oxygène. Le manque de données chiffrées peut toutefois expliquer que les habitudes ne changent pas très vite et que de nombreux patients en décompensation arrivent encore aux urgences avec une oxygénothérapie à haut débit administrée au cours de la prise en charge pré-hospitalière.

Un essai randomisé contrôlé permettra peut-être de convaincre les tenants du « more is better » que le haut débit n’est décidément pas le mieux pour ces malades. Au total, 405 patients présentant une exacerbation de BPCO et nécessitant une hospitalisation ont été divisés en deux groupes. La prise en charge pré-hospitalière était réalisée par des para-médicaux spécialement formés. Dans un groupe, les sujets (n = 179) recevaient de l’oxygène par une canule nasale après titration du débit pour obtenir une saturation artérielle entre 88 % et 92 %, et un bronchodilatateur administré par nébulisation à air comprimé.

Les autres (n = 226) recevaient de l’oxygène à haut débit (8-10 L/mn) administré au masque et des bronchodilatateurs par nébulisation avec de l’oxygène selon un débit de 6-8 L/mn.

La mortalité est significativement supérieure dans le groupe recevant de l’oxygène à haut débit, avec 21 décès (9 %) contre 7 décès (4 %) dans l’autre groupe, correspondant à une réduction de la mortalité de 58 %. Le bénéfice retiré de la titration du débit est encore plus net dans le groupe de malades chez qui la BPCO était bien documentée, puisque 11 décès (9 %) sont enregistrés dans le groupe haut débit contre 2 (2 %) dans l’autre groupe, ce qui correspond à une réduction de la mortalité de 78 % pour ces sujets. De plus, il y a eu moins d’acidoses ou d’hypercapnies en cas d’oxygènothérapie titrée.

Les auteurs remarquent que cet essai vient confirmer les recommandations récentes de la British Thoracic Society pour l’oxygénothérapie en urgence, qui préconisent que l’oxygène soit administré selon un débit ajusté pour maintenir une saturation adéquate et éviter l’hyperoxie néfaste pour ce type de patients.

Ils prévoient toutefois des résistances à la mise en application de ces recommandations, et plaident pour une campagne agressive d’information.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Austin MA et coll. : Effect of high flow oxygen on mortality in chronic obstructive pulmonary disease patients in prehospital setting: randomised controlled trial. BMJ 2010; 341: c5462

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Vos réactions (1)

  • Assez rarement une majoration de la capnie

    Le 06 novembre 2010

    Certes l'O2 doit être titré ce que nous faisons en pneumologie, encore faut il avoir le matériel pour le faire. Pour avoir très souvent l'occasion de gérer des BPCO qui décompensent, il faut reconnaître que le haut débit rend service en attendant la possibilité de ventiler de manière invasive ou non et le contrôle gazométrique qui est toujours nécessaire dans ces situations le prouve. Ce contrôle gazométrique montre assez rarement (mais ça arrive)une majoration de la capnie comme cela était écrit dans toutes les questions d'internat ou les articles sur les BPCO, par contre il montre toujours sa supériorité concernant la possibilité d'amélioration de l'hypoxie sur une oxygénothérapie timorée à 3 ou 4 l/mn que se soit avec lunettes ou sonde nasale. Le nombre de décès supérieur dans la série avec O2 à haut débit n'est il pas le fait d'un non évaluée ou non évaluable facilement concernant les patients les plus graves ?

    Dr Bounioux, pneumologue

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