Du gel de glucose pour corriger l’hypoglycémie du nouveau-né

La prévention de l’hypoglycémie néonatale repose sur l’alimentation précoce, et son dépistage sur la surveillance de la glycémie jusqu’à H48 chez les nouveau-nés à risque élevé. Si une hypoglycémie est détectée, il est en général conseillé de donner du lait en supplément plutôt que du glucose per os afin d’éviter une sécrétion réactionnelle d’insuline. Un essai contrôlé randomisé, en double aveugle, suggère qu’il y a intérêt à combiner le lait et le glucose (1). Dans cet essai le D-glucose a été utilisé sous forme d’un gel à 40 %, en massage de la face interne d’une joue, à la dose de 200 mg/kg, soit 0,5 ml/kg, jusqu’à deux fois de suite pour le même épisode d’hypoglycémie.

Quelque 500 nouveau-nés  à risque d’hypoglycémie dans une maternité néo-zélandaise

Dans une maternité néo-zélandaise, 514 nouveau-nés ayant des facteurs de risque d’hypoglycémie (mère diabétique, petite prématurité, macrosomie ou hypotrophie, mauvaises tétées) et presque tous allaités, ont subi un contrôle de leur glycémie capillaire à la 1ère heure, puis toutes les 3-4 h jusqu’à H24 et toutes les 6-8h de H24 à H48. La glycémie de 47 % d’entre eux est descendue au moins une fois sous le seuil de 2,6 mmol/l, en général le 1er jour de vie. Ils ont alors reçu du lait, et, après randomisation, du gel de glucose (118) ou un placébo (119) ; ils ont eu droit à une 2e dose de gel si la glycémie n’était pas remontée 30 min après la 1ère dose, avant de parler d’échec.

Il y a eu presque deux fois moins d’échecs avec le gel de glucose qu’avec le placebo (16 [14 %] versus 29 [24 %] ; risque relatif : 0,57 [intervalle de confiance à 95 % : 0,33-0,98], p=0,04). Les trois glycémies les plus basses (0,9 mol/l) ont été observées dans le groupe placébo. Dans un sous–groupe d’enfants dont la glycémie interstitielle avait été monitorée par un capteur sous-cutané depuis la naissance, les enfants ayant reçu du gel de glucose sont restés moins longtemps en dessous de 2,6 mmol/l que ceux qui avaient reçu le placébo (3 % vs 6,1 %), mais la différence n’est pas significative (p=0,13).

Des effets bénéfiques sur l a glycémie mais aussi sur l’allaitement et le lien mère-enfant

L’apport de glucose en gel semble préserver l’allaitement et favoriser le lien mère enfant. Moins d’enfants ont eu besoin d’être transférés en soins intensifs pour hypoglycémie qu’avec le placébo (14 % vs 25 % ; p <0,05) et, à 15 jours de vie, moins d’enfants recevaient une préparation de lait (4 % vs 13 % ; p <0,05).

Enfin l’apport de glucose en gel n’a pas entraîné plus de rebonds (moins de 6 h après) ou de récidives (plus de 6 h après) de l’hypoglycémie, ce qui lève la crainte d’une sécrétion réactionnelle d’insuline.

Au total, cet essai rigoureux démontre que le glucose, en gel, est un moyen d’appoint efficace et sûr  pour  corriger une hypoglycémie précoce asymptomatique du nouveau-né à risque, séjournant en suites de couches, auprès de sa mère. Le gel de glucose est de plus bon marché et son application est simple et bien acceptée par les mères. Des questions restent en suspens : quelle est l’importance de la forme galénique et quelle est la dose unitaire optimale de glucose ?

L’éditorial qui accompagne l’article souligne que le seuil de 2,6 mmol/l est plus ou moins arbitraire et qu’il faut distinguer les hypoglycémies symptomatiques des hypoglycémies asymptomatiques (2). Il appelle à des essais pour renforcer notre compréhension de l’association entre les valeurs basses de la glycémie et leur évolution dans le temps et le pronostic neuro-développemental des patients. Cependant, en attendant, l’apport de D-glucose, en gel, peut contribuer à minimiser le recours au glucose par voie intraveineuse.

Dr Jean-Marc Retbi

Références
1. Harris DL et coll. : Dextrose gel for neonatal hypoglycaemia (the Sugar Babies Study) : a randomised, double blind, placebo-controlled trial. Lancet, publication avancée en ligne le 25 septembre 2013. doi:10.1016/S0140-6736(13)61645-1.
2. Marlow N : Treatment of blood glucose concentrations in newborn babies. Lancet, publication avancée en ligne le 25 septembre 2013. doi:10.1016/S0140-6736(13)61755-9.

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