Echec total de la prévention de la pré éclampsie par une association vitamine C et E

La pré éclampsie demeure une affection relativement mystérieuse, malgré d'innombrables études épidémiologiques, physiopathologiques ou thérapeutiques. Cette incertitude sur l'étiologie réelle de ces hypertensions gravidiques avec protéinurie explique en partie que les traitements curatifs ou surtout préventifs proposés pour cette affection n'aient pas toujours les résultats escomptés.

La prescription d'anti-oxydants en prévention de ce syndrome a été proposée depuis quelques années en se basant sur le fait que des marqueurs biologiques du stress oxydatif sont retrouvés au niveau du placenta et dans la circulation des femmes atteintes. En se fondant sur ces données, une équipe londonienne avait entrepris, en 1999, une petite étude randomisée qui avait retrouvé, avec un traitement préventif par vitamines C et E, un résultat positif sur un critère biologique très indirect.

La même équipe a tenté de transformer l'essai dans le cadre d'une vaste étude multicentrique randomisée contre placebo dont les critères de jugement étaient cette fois cliniques.

Deux mille quatre cent dix femmes enceintes à haut risque de pré éclampsie ont été randomisées entre un traitement par 1 g de vitamine C par jour associé à 400 UI de vitamine E à partir du deuxième trimestre de la grossesse et jusqu'au terme et un placebo.

Pour être considérées comme à risque de pré éclampsie, les femmes enceintes devaient présenter au moins l'un des éléments pathologiques suivants : hypertension chronique, obésité lors d'une première grossesse, antécédents de pré éclampsie, d'éclampsie ou d'HELLP syndrome, grossesse multiple, diabète, anomalie au doppler de l'artère utérine, syndrome des antiphospholipides, maladie rénale chronique.

Sur le critère de jugement principal, la survenue d'une pré éclampsie, les résultats ont été totalement négatifs avec 15 % de cas dans le groupe traité contre 16 % dans le groupe placebo (différence non significative). De plus, et de façon inattendue, sur l'un des critères secondaires de jugement, la naissance d'un enfant de petit poids (< 2,5 kg), le traitement anti-oxydant s'est révélé significativement défavorable avec 28 % d'enfants de petit poids de naissance dans le groupe vitamines contre 24 % dans le groupe placebo (risque relatif augmenté de 15 % avec un intervalle de confiance à 95 % [IC95] entre 2 et 30 % ; p=0,023). Une augmentation (non significative) du pourcentage d'enfants petits pour l'âge gestationel a également été constatée avec le traitement (21 % contre 19 % sous placebo ; p=0,161). Enfin, la fréquence des pH au cordon inférieurs à 7 à la naissance était également accrue dans le groupe vitamines (3 % contre 1 %, risque relatif multiplié par 2,18 avec un IC 95 entre 1 et 4,76).

Aucun des mécanismes avancés pour expliquer ces effets délétères d'une supplémentation en vitamines C et E (à ces posologies) n'emporte réellement la conviction.

Quoi qu'il en soit on peut tirer trois conclusions de cette étude :
- la prescription de vitamines C et E à ces doses paraît contre-indiquée durant la grossesse ;
- d'une façon plus générale, même lorsqu'il existe, comme cela était le cas ici, des arguments physiopathologiques en faveur d'une intervention thérapeutique, seule une étude clinique bien conduite peut en confirmer ou en infirmer l'intérêt ;
- l'honnêteté intellectuelle de cette équipe britannique, fortement impliquée dans ce projet depuis de longues années doit être soulignée.

Dr Céline Dupin


Poston L et coll. : « Vitamin C and vitamin E in pregnant women at risk for pre-eclampsia (VIP trial) : randomised placebo-controlled trial. » Lancet 2006 ; publication avancée en ligne le 30 mars (DOI :10.1016/S0140-6736(06)68433-X). © Copyright 2005 http://www.jim.fr

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article