Endoscopie par vidéo-capsule : encore un peu court pour le côlon

La colonoscopie est aujourd’hui la technique de référence pour explorer le côlon et le rectum et tout particulièrement pour dépister les cancers colorectaux ou les lésions précancéreuses. Cependant, l’utilisation de la colonoscopie comporte de nombreuses limites : il s’agit d’un examen relativement invasif, la préparation colique est jugée comme très désagréable par de nombreux patients et il est souvent mal accepté. Pour toutes ces raisons la mise au point d’une technique d’exploration moins invasive du côlon pouvant être largement utilisée pour le dépistage est un objectif poursuivi par beaucoup. A côté de la coloscopie virtuelle par scanner qui se développe rapidement, une autre méthode est en cours d’évaluation en Europe, l’endoscopie par capsule.

Deux caméras à avaler 

Sur les bases de ce qui a été réalisé pour le grêle, des industriels ont mis au point une capsule d’endoscopie colique. Il s’agit d’un dispositif ayant la forme d’une gélule (de 31 mm sur 11) comportant une caméra à ses deux extrémités. La capsule est avalée et après 1,45 h, les caméras sont activées et transmettent des images. La préparation à l’examen qui a pour objectif de nettoyer le côlon mais aussi de faciliter la progression de la capsule doit être plus intensive que celle utilisée pour la coloscopie classique.

Un groupe multicentrique européen a comparé la spécificité et la sensibilité de cet examen dans la détection des polypes et des cancers colorectaux à celle de la colonoscopie classique chez 328 sujets ayant des lésions coliques ou suspects d’en avoir. Pour tous ces patients une colonoscopie a été pratiquée juste après l’examen par capsule. La capsule a été éliminée dans les selles dans les 10 heures qui ont suivi l’ingestion dans 92,8 % des cas. L’examen n’a pas été possible chez 6 sujets (la « capsule » n’ayant pas pu atteindre le côlon pendant la durée de vie de la batterie dans 5 cas ou n’ayant pas pu être avalée dans une observation).

Une sensibilité limitée

Les résultats sont globalement décevants. La sensibilité de la « capsule » pour dépister des polypes de 6 mm de diamètre ou plus n’a été que de 64 % (intervalle de confiance à 95 % [IC] de 59 à 72 %) tandis que la spécificité de l’examen était de 84 %. Pour les adénomes « évolués » la sensibilité et la spécificité étaient respectivement de 73 et 79 % et pour les 19 cancers diagnostiqués à la colonoscopie, la sensibilité de la capsule s’établissait à 74 % (IC : 52 à 88 %).

Comme on pouvait le prévoir, la sensibilité de la « capsule » était fortement tributaire de la qualité de la préparation colique descendant par exemple à 42 % pour la détection des polypes de 6 mm ou plus chez les 26 sujets ayant le côlon le moins bien évacué avant l’examen. Des effets secondaires, à type d’inconfort abdominal, de nausées et de vomissements ont été rencontrés chez 7,9 % des patients. Ils étaient liés principalement à la préparation colique et ont toujours été passagers.  

Dans les conditions actuelles, la « capsule » colique apparaît donc comme insuffisamment sensible pour être utilisée dans le dépistage des lésions coliques en routine. Néanmoins, on ne peut exclure que des progrès techniques et des améliorations des méthodes de préparation colique puissent accroître rapidement les performances de cet examen. 

Dr Nicolas Chabert

Référence
Capsule endoscopy versus colonoscopy for the detection of polyps and cancer. N Engl J Med 2009; 361: 264-270.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article