La restriction calorique augmente-t-elle la longévité ?

Les bons vivants ne font pas de vieux os. Ce qui pourrait être un aphorisme se vérifie régulièrement en pratique médicale courante, même s’il existe des exceptions pour confirmer la règle. L’excès de bonnes choses peut conduire à l’embonpoint et à la multiplication des facteurs de risque, qui sont réputés néfastes pour le système cardiovasculaire. Ascétisme et jeûne sont volontiers associés à longévité, comme si l’économie en toutes choses permettait de ménager son capital vie. Il suffit d’ailleurs de mettre les jeunes rongeurs au régime strict pour augmenter très significativement leur espérance de vie, ne leur en déplaise. La restriction calorique prolongée est-elle le moyen qui permet d’allonger la vie dans toutes les espèces ? Pour ce qui est de l’espèce humaine, la réponse se fait attendre.

Une étude randomisée réalisée chez l’homme apporte une ébauche de réponse qui est une piste plus qu’une certitude, mais il y un début à tout. Elle a inclus 48 sujets des deux sexes, en bonne santé apparente. Dans tous les cas, l’index de masse corporelle (IMC) était élevé, en l’occurrence compris entre 25 et 30 kg/m2, suffisant pour définir l’existence d’une surcharge pondérale, sans qu’il y ait pour autant obésité.
 
Quatre groupes ont été constitués en fonction des apports caloriques et de l’exercice physique accompli pendant les 6 mois de l’étude : 1) témoins : régime standard visant au maintien du poids corporel ; 2) restriction calorique (-25 % par rapport aux besoins énergétiques de base) ; 3) restriction calorique (-12,5 %) et exercice physique soutenu (+12,5 % d’augmentation de la dépense énergétique) ; 4) régime hautement hypocalorique (890 cal/j) visant à réduire le poids de 15 %, puis régime visant à maintenir celui-ci à la valeur ainsi atteinte.

Au bout de 6 mois, les variations du poids corporel en fonction du groupe ont été les suivantes : 1) – 1,0 % ; 2) –10,4 % ; 3) –10,0 % ; 4) –13,9 %. L’insulinémie à jeun a diminué significativement (p<0,01) dans les 3 groupes où une intervention hygiéno-diététique a été entreprise. La température corporelle centrale n’a diminué (p<0,05) que dans les groupes 2 et 3.
 
Après ajustement en fonction de la composition corporelle, la dépense énergétique basale des 24 heures est restée stable dans le groupe témoin, alors qu’elle a diminué dans les groupes 2 (-135+/-42 cal/j), 3 (-117+/-52 cal/j) et 4 (-125+/-35 cal/j) (p<0,008 dans les 3 cas). Cette adaptation métabolique secondaire aux interventions hygiéno-diététiques s’est accompagnée d’une diminution significative (p<0,005) des lésions de l’ADN.
 
Cette étude contrôlée démontre que deux biomarqueurs associés à la longévité sont favorablement affectés par la restriction calorique prolongée. Il s’agit de l’insulinémie à jeun et de la température centrale. Peut-on en conclure pour autant que la privation (relative) de nourriture allonge la durée de la vie ou freine le vieillissement ? Certes, non, car les biomarqueurs ne sont qu’une toute petite partie d’un édifice biologique effroyablement complexe.

Il faut nécessairement des études de très longue durée pour répondre à la question primordiale posée en préambule de ces quelques lignes. Les bons vivants ne seront guère convaincus par la démonstration précédente et on les comprend…

Dr Peter Stratford

Référence
Heilbronn LK et coll. : “Effect of 6-month calorie restriction on biomarkers of longevity, metabolic adaptation, and oxidative stress in overweight individuals. A randomized controlled trial.” JAMA 2006 ; 295 : 1539-1548.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article