La voie intradermique permettrait de faire face à une pénurie de vaccin grippal

Il y a quelques mois, un problème de fabrication a rendu inutilisable la moitié du stock de vaccin grippal américain, soit plus de 48 millions de doses. Avec le génie pragmatique qui les caractérise, les autorités sanitaires et les chercheurs américains ont très rapidement réagi pour éloigner le spectre d'une crise. En urgence, ils ont commandés les vaccins manquants en Europe, mais ils ont également mis au point une parade qui pourrait permettre de faire face à une pénurie de vaccins à l'échelle planétaire, dans l'hypothèse d'une nouvelle pandémie.

La solution réside dans l'utilisation de la voie intradermique au lieu et place de l'administration intra-musculaire classique. La peau, particulièrement riche en cellules dendritiques, est en effet une cible possible pour un vaccin comme l'ont montré les succès anciens du BCG ou du vaccin anti-variolique ou des expériences beaucoup plus récentes avec les vaccins dirigés contre la rage ou l'hépatite B.

Deux équipes ont donc comparé la réponse sérique à une vaccination classique par voie intra-musculaire à une vaccination intra-dermique avec des plus petites doses de vaccin.

Dans le premier travail 119 sujets vaccinés avec un vaccin trivalent inactivé contenant 40 % de la dose usuelle d'hémagglutinine ont été comparés à 119 sujets vaccinés classiquement (1). Chez les individus de moins de 60 ans, les résultats en terme de réponse à anticorps ont été équivalents dans les deux groupes. Après 60 ans, l'évolution des anticorps est cependant un peu meilleure dans le groupe intra-musculaire (100 % d'immunisation contre la souche H3N2 avec des taux d'inhibition de l'hémagglutination supérieurs à 1/40 contre 93 % seulement avec la voie intradermique).

Dans le deuxième travail, une dose normale de vaccin par voie intramusculaire était comparée à une dose 5 fois plus faible par voie intradermique chez 100 sujets sains de 18 à 40 ans (2). Les taux de séroconversion et de séroprotection ont été équivalents dans les deux groupes.

Dans les deux publications, les réactions locales ont été plus fréquentes avec la voie intradermique sans toutefois être préoccupantes.

La vaccination intradermique est donc une méthode permettant de faire face à une éventuelle pénurie de vaccin, tout au moins chez le sujet de moins de 60 ans. © Copyright 2004 http://www.jim.fr

Dr Céline Dupin


1) Belshe R et coll. : " Serum antibody responses after intradermal vaccination against influenza." N Engl J Med 2004; 351: 2286-94.
2) Kenney R et coll.: " Dose sparing with intradermal injection of influenza vaccine." N Engl J Med 2004; 351: 2295-2301.

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