Le cancer ne serait pas transmissible par transfusion

Les risques carcinologiques liés aux transfusions sanguines ont été l’objet de plusieurs études épidémiologiques ces deux dernières décennies avec des résultats variables. A côté de ces analyses épidémiologiques non concluantes, un certain nombre de cas cliniques ont montré que des contaminations accidentelles par des instruments chirurgicaux souillés par des tissus cancéreux pouvaient transmettre des tumeurs malignes de même que des transplantations d’organe.

En théorie, les transfusions pourraient accroître la fréquence des cancers par divers mécanismes : transmission d’un agent infectieux inducteur de tumeur maligne, transplantation de cellules tumorales présentes dans le sang du donneur, immunodéficience induite par les transfusions elles-mêmes.

Pour tenter d’évaluer ce risque éventuel (tout au moins celui lié aux deux premiers mécanismes possibles) sur une large population, un groupe scandinave regroupant des épidémiologistes suédois et danois a entrepris une très vaste étude rétrospective basée sur les données exhaustives des banques du sang des deux pays (depuis 1968 pour la Suède et 1982 pour le Danemark).

En croisant les renseignements colligés sur les donneurs et les receveurs dans les banques du sang et les données des registres des décès et des cancers des deux pays, il a été possible d’isoler deux populations :
- un groupe de 342 082 sujets ayant reçu une transfusion provenant d’un donneur n’ayant pas développé de cancer (à l’exception de tumeurs cutanées non mélaniques) dans les 5 ans suivant le prélèvement ;
- un groupe de 12 012 receveurs d’un produit transfusionnel provenant d’un donneur ayant développé un cancer dans les 5 ans du don.

Pour éviter divers biais, avaient été exclus de l’étude, notamment les sujets pour lesquels on ne disposait pas de renseignements sur l’existence d’un cancer chez le receveur ou chez le donneur ou ceux pour qui le suivi du donneur était inférieur à 5 ans, les donneurs qui avaient souffert d’un cancer avant le don, les receveurs atteints d’un cancer lors de la transfusion ou étant décédés ou ayant présenté un cancer dans les 6 mois de la transfusion (pour lesquels il était vraisemblable que le cancer avait précédé la transfusion). 

29 651 cancers sont survenus chez les receveurs des deux groupes ainsi définis pendant une durée médiane de suivi de 7 ans.

Pas d’augmentation du risque avec du sang de donneur prélevé en phase pré-clinique d’un cancer

La comparaison des groupes exposés et non exposés a permis de retrouver une incidence des cancers globalement identique : risque de cancer ajusté chez les receveurs de sang provenant d’un donneur ayant développé un cancer dans les 5 ans : 1 (intervalle de confiance à 95 % [IC95] entre 0,94 et 1,07). Lorsque les résultats étaient analysés en fonction de la localisation du cancer chez le receveur aucune différence n’était constatée non plus entre les deux groupes quel que soit l’organe atteint. Enfin, lorsque les auteurs se sont penchés sur l’incidence des cancers chez les receveurs de sang provenant de donneurs ayant présenté un cancer avant le don (qui étaient exclus de l’analyse principale), ils ont constaté également un risque équivalent à celui des sujets transfusés avec du sang provenant d’un donneur indemne de cancer avant et dans les 5 ans suivant le prélèvement.

On peut donc estimer avec une certaine confiance que le fait de transfuser un sujet avec du sang provenant d’un donneur en phase pré-clinique d’un cancer ne lui fait pas courir de risque spécifique mesurable de développer un néoplasie. La transplantation de cellules tumorales lors d’une transfusion semble donc un danger tout à fait anecdotique. 

Ces données rassurantes n’excluent pas bien sûr le risque de transmission d’agents infectieux potentiellement carcinogènes (comme le virus HHV 8 pour le sarcome de Kaposi par exemple) ou le risque qui pourrait être lié à des perturbations immunologiques induites par les transfusions elles-mêmes que cette étude ne permettait pas d’évaluer en l’absence de groupe témoin non transfusé.

Au-delà de ces considérations épidémiologiques cette étude pose la question pratique de l’exclusion du don du sang des sujets ayant guéri d’un cancer qui est habituelle dans les pays occidentaux.

Dr Céline Dupin

Référence
Edgren G et coll. : “Risk of cancer after blood transfusion from donors with subclinical cancer : a retrospective cohort study.” Lancet 2007; 369: 1724-30.

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