Le cannabis est-il utile dans la SEP ?

L'utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques et donc sa délivrance en pharmacie est l'objet de polémiques récurrentes en France comme dans le reste du monde. Mais le plus souvent, le débat est plus idéologique que scientifique, puisque les données sur les risques liés à la consommation de cannabis ne sont pas toujours indiscutables et que les bénéfices supposés de cette plante ou des substances actives qu'elle contient n'ont été l'objet que de publications anecdotiques.

Un effet significatif sur les signes subjectifs

Parmi les affections pour lesquelles un effet thérapeutique du cannabis est rapporté on trouve au premier rang la sclérose en plaque (SEP), de nombreux malades signalant un bénéfice de la consommation de marijuana sur des symptômes comme la spasticité, les douleurs, les signes urinaires ou les tremblements. Beaucoup de patients sont convaincus des bénéfices du cannabis et on estime qu'aujourd'hui en Grande Bretagne, 1 à 4 % des sclérosés en plaque en consomment clandestinement à des fins thérapeutiques.

Pour tirer cette question au clair, le très officiel groupe de recherche britannique sur la SEP a donc décidé de soumettre le cannabis à l'épreuve de vérité exigée pour la mise sur le marché de tout médicament : l'essai randomisé en double aveugle contre placebo.

611 patients souffrant d'une SEP stable avec spasticité musculaire ont pu être randomisés et suivis pendant 15 semaines dans cette étude répondant à l'acronyme prédestiné (pour un Français) de CAMS study (pour CAnnabinoids for treatment of spasticity and other symptoms related to Multiple Sclerosis).
Les malades qui provenaient de 33 centres britanniques ont été assignés soit à un traitement par extrait de cannabis par voie orale, soit à du delta9-tetrahydrocannabinol (D9THC), soit à un placebo. Une voie d'administration plus habituelle du cannabis (fumée) n'a pas été retenue car elle paraissait non éthique et incompatible avec le double aveugle. Dans les 3 groupes, les posologies ont été augmentées progressivement en fonction de la survenue d'effets secondaires.
La tolérance des traitements a été globalement satisfaisante avec toutefois plus de signes digestifs avec le cannabis qu'avec le placebo.

Sur le critère de jugement principal de l'étude, la spasticité mesurée par un praticien ne connaissant pas le traitement reçu selon le score d'Ashworth, les extraits de cannabis ou le D9THC n'ont pas eu d'effets favorables significatifs par rapport au placebo. On note toutefois que l'amélioration obtenue avec le D9THC s'approche du seuil de significativité statistique.

Sur des critères de jugement secondaires en revanche les traitements actifs ont démontré significativement leur efficacité. Ainsi :
- le temps nécessaire pour parcourir 10 m en marchant s'est réduit de 12 % sous D9THC (IC 95 % : 6 à 21 %) contre 4 % sous extraits de cannabis ou placebo ;
-les score d'auto-évaluation de la douleur et de la spasticité par les patients ont significativement diminué sous traitement actif (p=0,003) avec une réduction de la spasticité rapportée par 61 % des sujets sous extraits cannabiques et 60 % des malades sous D9THC contre 46 % sous placebo. Il en était de même pour les douleurs améliorées chez 48 % des patients sous traitements actifs contre 30 % sous placebo (p=0,002). Le bénéfice n'a pas été significatif pour les autres symptômes étudiés (irritabilité, dépression, fatigabilité, tremblements) à l'exception du sommeil (p=0,025).

Le cannabis a-t-il des effets directs sur les lésions de SEP ?

L'interprétation de ces résultats est loin d'être univoque.

D'une part, ils confirment l'importance de l'effet placebo sur certains symptômes de la SEP rendant impératif des études contrôlées dans cette pathologie. Ils soulignent également la difficulté (mais non l'impossibilité) du double aveugle lorsqu'un produit aux effets psychodysleptiques est étudié. Ainsi, 3 malades sur 4 sous produit actif pensaient au milieu de l'essai être sous cannabis contre un sur deux seulement sous placebo.

D'autre part ils ne permettent pas de répondre formellement à la question posée : le cannabis est-il efficace sur les symptômes de la SEP ? En effet l'absence de résultats significatifs sur la mesure objective de la spasticité ne signifie pas nécessairement que le traitement ne soit pas actif, mais elle peut être en rapport avec la complexité des phénomènes de spasticité et aux performances insuffisantes du score d'Ashworth. A l'inverse, l'efficacité du cannabis sur certains signes subjectifs comme les douleurs et la spasticité qui semble démontrée par ce travail peut également être mise en doute. On ne peut écarter totalement un effet placebo masqué pour expliquer ce bénéfice, puisqu'en raison de l'action psychique du cannabis, la majorité des malades savaient à quel traitement ils avaient été assignés.

Enfin, les auteurs ont constaté une diminution inattendue de la fréquence des hospitalisations pour rechute dans les groupes traités qui pourraient traduire une efficacité du cannabis non pas seulement sur les symptômes mais sur les processus pathologiques impliqués dans la SEP. Ceci a d'ailleurs été suggéré par des études conduites sur des souris publiées en 2003 dans le Journal of Neurosciences.

On le voit, le débat sur l'utilisation du cannabis dans la SEP est loin d'être clos.

Dr Anastasia Roublev


Zajicek J et coll. : " Cannabinoids for treatment of spasticity and other symptoms related to multiple sclerosis (CAMS study):multicentre randomised placebo-controlled trial." Lancet 2003; 362: 1517-26. © Copyright 2003 http://www.jim.fr

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