Le poids de l’IMC sur la mortalité des femmes

La relation entre indice de masse corporelle (IMC) et mortalité étant source de controverse, des auteurs américains ont analysé l’impact de l’IMC sur la mortalité, dans une très vaste cohorte de femmes, sans exclure les fumeuses ni les malades, contrairement à nombre d’études antérieures.

Une étude prospective incluant plus de 50 000 femmes

Ces auteurs ont mené une étude prospective, portant sur une cohorte de 50 186 femmes, recrutées parmi celles participant au Breast Cancer Detection Demonstration Project (CDDP), programme de détection mammographique du cancer du sein, conduit de 1973 à 1980 auprès de 283 322 femmes de 29 centres de dépistage à travers les États-Unis.
Chez ces 50 186 femmes, âgées de 40 à 93 ans à l’entrée dans l’étude, entre 1987 et 1989, la relation entre mortalité et IMC 10 ans avant le début du suivi a été analysée.
Les décès ont été identifiés à partir de l’US National Death Index, et les IMC ont été classés en 8 groupes et analysés en comparaison du groupe d’IMC entre 21 et 23,4, pris comme référence.

Nombre d’ajustements ont été effectués, notamment sur l’âge, le niveau d’éducation, l’ethnie, le statut marital, les revenus, la parité, le statut ménopausique, le tabagisme, l’activité physique…, ainsi que sur divers facteurs alimentaires (apports en viandes, consommation d’alcool, de fruits, de céréales, de produits allégés en graisses).
L’analyse a été effectuée selon l’âge (moins de 65 ans versus 65 ans et plus), selon l’âge à l’évaluation de l’IMC, selon l’existence d’un antécédent de maladie chronique (cardiopathie ischémique, diabète ou cancer) versus l’absence d’antécédent de maladie chronique, selon le statut tabagique (fumeuse actuelle, ancienne fumeuse et femme n’ayant jamais fumé).

Un risque accru de décès chez les femmes en sous-poids, celles en excès de poids et chez les femmes obèses

Au cours des 10 années de suivi, 5 201 décès sont survenus.
L’âge moyen des femmes à l’entrée dans l’étude était de 62,6 ± 8,4 ans, celui au décès de 75,2 ± 9,2 ans. L’IMC moyen lors du dépistage était de 24,1 ± 4 ; 57 % des femmes n’avaient jamais fumé et 12,3 % poursuivaient leur tabagisme.

Dans l’ensemble, l’étude met en évidence une association, selon une courbe en J, entre IMC et mortalité, avec un risque élevé chez les femmes en sous-poids et chez les femmes ayant un excès pondéral, et un risque croissant dans la totalité de la gamme de surpoids et d’obésité. Les ratios de risque de décès étaient de 1,30 (IC à 95 % 1,03-1,65) chez les femmes dont l’IMC était inférieur à 18,5, de 1,19 (1,10-1,28) entre 25 et 29,9, de 1,55 (1,38-1,75) entre 30 et 34,9, et de 1,92 (1,60-2,30) lorsque l’IMC atteignait ou dépassait 35.

L’analyse selon l’âge montre des ratios de risque de décès, pour le surpoids et l’obésité,  semblables chez les femmes âgées de moins de 65 ans et chez celles âgées de 65 ans et plus à l’entrée dans l’étude. Il en était de même pour l’analyse selon l’âge de la détermination de l’IMC, à l’exception d’un ratio de risque de décès moins marqué pour l’obésité chez les femmes dont l’IMC avait évalué après 65 ans que chez celles pour lesquelles l’évaluation de l’IMC avait été faite avant 65 ans.
Les résultats de l’analyse selon l’existence d’un antécédent de maladie chronique différaient peu de ceux de la cohorte prise dans son ensemble, paraissant témoigner de l’absence d’effet modificateur majeur.
L’analyse selon le statut tabagique montrait, elle aussi, des résultats relativement semblables entre non-fumeuses, fumeuses et anciennes fumeuses, et, dans les deux dernières catégories citées, surpoids et obésité étaient associés à une ampleur d’augmentation du risque de décès semblable à celle des autres femmes mais sans atteindre la significativité dans certaines classes de surpoids.

Cette très vaste étude, prospective, montre une association entre IMC 10 ans avant l’entrée dans l’étude et accroissement du risque de décès, chez les femmes en sous-poids (IMC < 18,5) et chez celles ayant un excès de poids, pour la totalité des gammes de surpoids (25-29,9) et d’obésité  (30 et plus), chez les plus jeunes et chez les plus âgées, indépendamment des antécédents de maladie chronique et de tabagisme.

Dr Claudine Goldgewicht

Référence
Moore SC et coll. : Past body mass index and risk of mortality among women. Int J Obes 2008 ; 32 : 730-9.

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