Le sulfate de magnésium confirme son efficacité dans le traitement de la pré-éclampsie

La pré-éclampsie et l'éclampsie sont probablement responsables de 50 000 décès maternels chaque année dans le monde avec une fréquence de l'éclampsie touchant une grossesse sur 2000 dans les pays développés.
Le traitement de la pré-éclampsie repose notamment sur la prescription d'anti-convulsivants comme le diazépam ou la phénytoïne ou sur l'administration par voie parentérale de sulfate de magnésium.

Pour évaluer l'intérêt et l'innocuité du sulfate de magnésium une étude internationale multicentrique de très grande ampleur a été initiée par le Magpie Trial Collaborative Group.
10 141 femmes ont été incluses dans cette étude randomisée en double aveugle dans 33 pays. Pour être éligibles les patientes, enceintes ou dans les 24 premières heures du post-partum, devaient présenter une pré-éclampsie caractérisée par une pression artérielle supérieure à 140/90 mm Hg et une protéinurie supérieure à 1+ (0,3 g/L). De plus leur tableau clinique ne devait pas être considéré par les praticiens qui les suivaient comme une indication formelle du sulfate de magnésium.

5071 femmes ont été assignées à un traitement par sulfate de magnésium par voie parentérale (avec une dose de charge et un traitement d'entretien) et 5070 à un placebo. Les patientes une fois incluses dans l'essai pouvaient naturellement recevoir toutes les thérapeutiques nécessitées par leur évolution clinique (en particulier anti-hypertenseurs, anti-convulsivants...). Les critères de jugements principaux étaient la survenue d'une éclampsie ou le décès de l'enfant.

Les résultats sont très en faveur de l'utilisation du sulfate de magnésium :

- 24 % d'effets secondaires ont été enregistrés sous traitement actif contre 5 % sous placebo. Cependant ces complications du traitement ont été le plus souvent sans gravité et notées en règle générale lorsque le sulfate de magnésium était administré par voie intra-musculaire ;
- le risque d'éclampsie a été divisé par près de 2 par le traitement (risque relatif : 0,58 ; intervalle de confiance à 95 % : 0,4 à 0,78) ce qui s'est traduit par une diminution de 11 cas d'éclampsie pour 1000 femmes traitées ;
- la mortalité maternelle s'est révélée également deux fois plus basse sous traitement actif mais de façon non significative (0,2 % de décès contre 0,4 % ; p=0,11), les décollements placentaires étant significativement moins fréquents sous sulfate de magnésium (2% contre 3,2 %) ;
- la mortalité néonatale a été équivalente dans les deux groupes.

Au total, le sulfate de magnésium est relativement bien toléré (surtout par voie intra-veineuse) et efficace dans la prévention de l'éclampsie.

On peut toutefois regretter, sur le plan éthique, que le produit actif ait été testé face à un placebo dans une pathologie ou l'on dispose pourtant d'autres thérapeutiques efficaces

Dr Céline Dupin


The Magpie Trial Collaborative Group : " Do Women with pre-eclampsia, and their babies, benefit from magnesium sulfate ? The Magpie Trial: a randomised placebo-controlled trial." Lancet 2002; 359: 1877-1890. © Copyright Jim Online 2002.

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