Les effets favorables de la caféine chez le prématuré sont confirmés

La caféine (au même titre que d'autres méthylxanthines comme la théophylline) est prescrite depuis des décennies à des prématurés présentant des épisodes d'apnée de plus de 15 secondes (85 % des enfants naissant avant 34 semaines de gestation). Le but de ce traitement est de diminuer la fréquence et la gravité des apnées et de faciliter le sevrage de la ventilation assistée lorsque celle-ci est nécessaire. Cependant malgré une large utilisation partout dans le monde on ne dispose pas en fait de données très fiables sur les effets à court, moyen et long terme de ce traitement.

Pour combler cette lacune, un groupe multicentrique international a conduit un essai randomisé dans plusieurs centres de néonatalogie en Amérique du nord, en Europe, en Australie et en Israël. 2006 prématurés (poids de naissance entre 500 et 1250 g [960 g environ en moyenne]) considérés par les cliniciens comme des candidats à un traitement préventif ou curatif par méthylxanthines ont été randomisés avant le 10ème jour de vie entre un groupe caféine (administrée par voie intra-veineuse) et un groupe placebo. Les résultats ont été jugés sur l'évolution clinique avant la sortie de l'hôpital.

La caféine a confirmé son efficacité :
- parmi les enfants qui ont survécu au-delà de l'âge gestationnel théorique de 36 semaines, 36 % des prématurés du groupe caféine ont eu besoin d'une oxygénation contre 47 % dans le groupe placebo (diminution du risque relatif de 37 % avec un intervalle de confiance [IC95] entre 24 et 48 % ; p<0,001) ;
- la durée de la ventilation en pression positive a été réduite d'une semaine dans le groupe caféine (p<0,001).
- globalement le taux de dysplasie broncho-pulmonaire (définie par la nécessité d'une oxygénation au-delà de 36 semaines d'âge gestationnel théorique) a été plus faible dans le groupe caféine (36,3 %) que dans le groupe placebo (46,9 %).

Cependant, aucun effet favorable n'a été constaté sur la mortalité, la présence de lésions intra-cérébrales à l'échographie ou la fréquence des entérocolites nécrosantes. De plus, les enfants du groupe caféine ont pris moins de poids que les prématurés du groupe placebo (- 23 g sur 14 jours). Enfin, assez paradoxalement, la fréquence des épisodes d'apnée n'a pas été mesurée dans cette étude ce qui ne permet pas d'affirmer que les effets bénéfiques constatés sont bien liés à une action sur les centres respiratoires et non à des effets périphériques de la molécule.

A court terme la caféine semble donc tenir ses promesses en terme d'amélioration du pronostic respiratoire. Il faudra toutefois attendre deux nouvelles publications portant sur les résultats à long terme de ce travail (après des périodes de suivi de 18 à 21 mois et de 5 ans) pour pouvoir conclure définitivement à l'intérêt de cette thérapeutique chez le prématuré.

Dr Nicolas Chabert


Schmidt B et coll. : « Caffeine therapy for apnea of prematurity. » N Engl J Med 2006 ; 354 : 2112-21. © Copyright 2006 http://www.jim.fr

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