Mortalité par cancer : les statines innocentées par 4S

Les statines ont très largement démontré leur intérêt en prévention primaire et secondaire chez les sujets hypercholestérolémiques. Cependant, malgré une baisse significative de la morbidité et de la mortalité cardiovasculaires chez les malades traités, certains ont mis en doute la sécurité des statines en évoquant la possibilité d'un risque accru de cancer. Cette crainte était fondée sur des essais conduits chez l'animal, sur des études épidémiologiques cas-témoins montrant une surmortalité par cancer chez les sujets ayant un cholestérol bas et sur les résultats de certains essais comme CARE (augmentation des cancers du sein) ou PROSPER (accroissement de l'incidence des cancers chez des sujets âgés sous pravastatine).

Pour trancher le débat, grâce à une surveillance beaucoup plus longue que celle habituellement retenue dans les essais cliniques, Timo Strandberg et coll. ont décidé de suivre à 10 ans les patients de la première grande étude ayant démontré l'intérêt des statines en prévention secondaire : 4S (pour Scandinavian Simvastatin Survival Study).

4S qui comparait un traitement par simvastatine à un placebo en prévention secondaire s'est achevée en 1994 en retrouvant une diminution de la mortalité cardiovasculaire de 36 % chez les malades traités (5,4 ans en moyenne).

Après l'arrêt de l'étude, le traitement des malades des deux groupes était laissé à la disposition des médecins traitants et la plupart ont reçu des statines. Strandberg et coll. ont donc mesuré la mortalité dans les deux groupes initiaux 10 ans après l'inclusion dans l'essai et 5 ans après l'interruption de l'étude.

La mortalité toutes causes confondues, 10 ans après l'inclusion, était toujours diminué dans le groupe initial simvastatine (de 15 % par rapport au groupe initial placebo). Cette baisse de la mortalité restait liée à une diminution de la mortalité coronarienne (moins 24 % par rapport au groupe placebo). Le fait essentiel révélé par cette étude est que la mortalité par cancer à 10 ans n'était pas plus élevée dans le groupe initial simvastatine (4,3 %) que dans le groupe placebo (5,1 %) (p=0,142). Dans le même temps l'incidence des cancers a été également plus faible dans le groupe initial simvastatine par rapport au groupe initial placebo (11 % versus 12 %) sans que la différence soit toutefois significative (p=0,147).

Au total, ces données confirment les résultats de plusieurs méta-analyses et sont tout à fait rassurantes sur les effets à long terme des statines sur la survenue de cancers. Cette diminution (non significative) de la morbi-mortalité cancéreuse à 10 ans exclut en effet avec une quasi certitude une augmentation du risque avec la simvastatine comme probablement avec toutes les statines.

Dr Céline Dupin


Strandberg T et coll. : "Mortality and incidence of cancer during 10-year follow-up of the Scandinavian Simvastatin Survival Study (4S)." Lancet 2004; 364: 771-77. © Copyright 2004 http://www.jim.fr

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