Premiers pas d’un patch contre la diarrhée du voyageur

Il y a des introductions qui ouvrent l’appétit (médical et scientifique) et celle de SA. Frech en fait incontestablement partie ! Cette publication nous rappelle d’entrée qu’Escherichia coli entérotoxigénique (ETEC) est la cause majeure de la diarrhée du voyageur, une infection qui touche chaque année 27 millions de voyageurs et 210 millions d’enfants –dont 380 000 en décèderont. Comment ne pas la suivre, dès lors, dans son étude d’un patch vaccinant, à base d’entérotoxine thermolabile d’ETEC qu’il suffirait de se coller deux fois sur le bras (3 semaines puis 1 semaine avant le départ) pour échapper à ces débâcles nauséabondes étalées sur 4 ou 5 jours, et accompagnées de nausées, de vomissements, de crampes abdominales et, finalement, d’une déshydratation parfois très délétère ?

Pour cette étude de phase II, les (nombreux) auteurs américains de ce travail ont utilisé deux cohortes d’adultes sains qui envisageaient de quitter les Etats-Unis pour le Mexique ou le Guatemala, proposant aux premiers, 2 patchs à 37,5 µg de toxine purifiée thermolabile d’ETEC et aux seconds, un placebo. Il a été démontré par ailleurs qu’une immunité antitoxine protégeait contre la diarrhée des ETC, mais que la toxine ne peut être délivrée ni par voie parentérale, ni par voie orale ou nasale.

170 des 178 voyageurs qui avaient bénéficié des deux vaccinations ont été correctement suivis (il leur a été demandé de remplir un petit carnet évènementiel signalant et graduant tout épisode diarrhéique et de ramener, le cas échéant, un peu de matière pour analyse microbiologique) durant les deux semaines de leur séjour. Les patchs ont été bien tolérés malgré quelques prurits et rash locaux supplémentaires, des IgA et IgG apparaissant chez les vaccinés.

Au total, 15 % des participants ayant bénéficié de la toxine purifiée thermolabile d’ETEC (LT) ont développé une diarrhée, contre 22 % dans le groupe placebo (p= 0,3117) ; ces derniers présentant plus fréquemment des épisodes plus sévères. Les patients LT malades souffrirent globalement –toutes causes confondues- moins longtemps (0,5 j versus 2,1, p=0,0006), avec moins d’émissions (3,7 versus 10,5). L’analyse des selles « placebo » confirma la responsabilité d’un ETEC dans 10 % des cas.

La conclusion que nous livrent les auteurs semble assez objective : "la diarrhée du voyageur est une affection commune, due à ETEC dans 10 % des cas. Le vaccin par patch est sûr et réalisable, apportant des bénéfices tant sur le taux que la sévérité de l’infection". On n’ira pas plus loin qu’eux, car de toute évidence le patch ne peut régler définitivement le problème même si, curieusement, il semble à SA Frech que ce patch pourrait procurer une petite protection indirecte contre l’attaque par d’autres bactéries pathogènes "profitant" d’une préparation locale préalable par l’ETEC. Encore faudrait–il démontrer qu’une telle protection, si elle existe vraiment, s’étend à des micro-organisme aussi éloignés de l’ETEC que le norovirus, une autre grande star du moment de la diarrhée du voyageur …

Dr Jack Breuil

Référence
SA Frech et coll. : Use of a patch containing heat-labile toxin from Escherichia coli against traveller’s diarrhoea : a phase II, randomised, double-blind, placebo-controlled field trial. Lancet 2008 ; 371 : 2019-2025.

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