Que penser des symbiotiques chez le nourrisson ?

Un essai contrôlé et randomisé, en double insu, démontre l’absence d’effets indésirables à 2 ans d’un symbiotique (probiotique + prébiotique) ingéré pendant le 1er semestre de vie, versus un placebo, par des nourrissons nés à terme, à fort risque d’allergie. Dans cet essai, le symbiotique était composé de 4 bactéries probiotiques (deux lactobacilles, une bifidobactérie, une propionobactérie) et d’un galacto-oligosaccharide prébiotique. Le tirage au sort était fait avant la naissance. Les futures mères devaient prendre les probiotiques ou le placebo les 4 dernières semaines de la grossesse. La surveillance était basée sur des examens réalisés par le pédiatre (à 3/ 6/ 24 mois) et des questionnaires remplis par les parents (à 3/ 6/ 12/ 24 mois).

Les groupes « symbiotique » et « placebo » comprenaient respectivement 506 et 512 sujets à la naissance, 461 et 466 sujets à 2 ans. Les taux et les durées d’allaitement partiel ainsi que les taux d’exposition au tabagisme passif étaient similaires dans les deux groupes.

Pendant le 1er semestre, l’analyse était faite en intention de traiter.

Les taux de pathologies néonatales étaient comparables dans les deux groupes ainsi que l’incidence des coliques intestinales (4 %) et des « petits » troubles digestifs.

Pendant cette période, les enfants du groupe « symbiotique » ont reçu moins d’antibiotiques que ceux du groupe placebo (23 versus 28 % ; Odds Ratio [OR]=0,74 ; intervalle de confiance à 95 % [IC95] de 0,55 à 1,00 ; p=0,0049). Mais il n’y avait pas de différences d’occurrence des infections respiratoires (66 vs 68 %), des otites moyennes aiguës (15 vs 19 %), et des gastro-entérites (13 vs 14 %).

Entre 6 et 24 mois, l’analyse portait sur les enfants ayant terminé le suivi.
Les mensurations étaient identiques dans les deux groupes, à 6 mois et à 24 mois.

Dans le groupe « symbiotique », les infections respiratoires devenaient moins fréquentes (93 vs 97 % ; OR=0,49 ; IC95 de 0,27 à 0,92 ; p=0,023) et moins nombreuses (moyenne géométrique=3,7 vs 4,2 ; p=0,009), mais pas les autres infections. La consommation d’antibiotiques se rapprochait de celle du groupe « placebo » (80 vs 83 %).

Pendant la durée de l’essai, les hospitalisations étaient sans rapport avec le symbiotique.

Cet essai, de grande qualité, prouve l’absence d’effets indésirables, à moyen terme (2 ans), d’un symbiotique administré précocement. Il révèle aussi la modicité de ses effets anti-infectieux : un peu moins d’antibiotiques pendant la phase de traitement et d’infections respiratoires ensuite. Pour compléter le bilan, il reste à savoir si les enfants qui ont reçu le produit actif en ont tiré profit du point de vue de l’allergie !

Dr Jean-Marc Retbi

Référence
Kukkonen K et coll. : Long-term safety and impact on infection rates of postnatal probiotic and prebiotic (synbiotic) treatment : randomized, double-blind, placebo-controlled trial. Pediatrics 2008 ; 122 : 8-12

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Vos réactions (1)

  • Que penser ? Surtout, pensons "simple" !

    Le 01 septembre 2008

    Belle cohorte de bébés, belle methodologie, rien a dire! Mais je m'étonne de la conclusion de l' article qui nous presente ce travail: il est mis d'abord en lumière l'inocuité, puis l'inefficacité; j'aurais fait l'inverse !
    Les symbiotiques dans ce travail n'ont aucun effet et il faut le dire clairement, d'abord et avant tout. Accessoirement, il n'y a pas d'effets deletères, et on ose esperer que s'il y en avait eu, l'étude aurait été arrétée.
    Fausse piste de recherche. Merci aux auteurs d'avoir cherché, mais tordons vite le cou à la tentation de mettre toutes les futures mères sous 4 yaourts au bifidus soit disant actif par jour, (ou autre pseudo médecine agro industrielle d'alicaments), yaourts pas encore remboursés par la sécu, fort heureusement. Quand ca ne marche pas, meme si c'est la mode, ca ne marche pas, et notre responsabilité est de le dire sans ambiguité.

    Dr Renaud Gartner

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