Quel traitement pour le tennis elbow ?

Si un tennis elbow (épicondylite latérale) atteint 1 à 3 % de la population générale et jusqu’à 15 % des sujets ayant une profession exposée, son traitement demeure encore le plus souvent empirique. Rares sont en effet les études randomisées qui ont été consacrées à ce sujet. A la lumière des quelques travaux publiés, les infiltrations de corticoïdes apparaissent supérieures à court terme aux anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), à la kinésithérapie ou à la simple observation.

Cependant, pour un groupe australien, ces résultats pourraient être liés au fait que les diverses techniques de kinésithérapie étudiées n’étaient pas optimum. C’est pourquoi, Leanne Bisset et coll. ont entrepris une nouvelle étude randomisée en simple aveugle. Chez 198 patients souffrant d’épicondylite depuis au moins 6 semaines, 3 stratégies ont été évalués : une à deux infiltrations de corticoïdes à 15 jours d’intervalle, 8 séances de 30 minutes de kinésithérapie spécialement adaptée à la pathologie sur 6 semaines (manipulation du coude associée à divers exercices) avec prescription d’exercices à pratiquer à domicile et l’abstention thérapeutique.

Tous les patients recevaient par ailleurs des conseils ergonomiques pour éviter les douleurs et la récidive.

Le suivi a duré un an et les résultats ont été jugés sur une échelle à 6 points évaluant notamment la force de préhension sans douleur (critère principal) et sur l’évolution de la douleur et des capacités fonctionnelles (critères secondaires).

A 6 semaines, les infiltrations étaient significativement plus efficaces que la kinésithérapie, qui elle-même l’était plus que la politique de wait and see.

Cependant au terme d’un an, les récidives ont été plus fréquentes avec les infiltrations (72 %) qu’avec la kinésithérapie (8 %) ou l’expectative (9 %). De plus, à un an la gêne et la douleur étaient significativement plus importantes avec les infiltrations qu’avec les deux autres stratégies qui donnaient des résultats excellents et similaires. 

La consommation d’antalgiques et d’AINS a été plus faible dans le groupe kinésithérapie que dans les deux autres groupes.

Les effets secondaires (essentiellement des douleurs) ont été bien sûr plus fréquents avec les injections (13/65) et la kinésithérapie (7/66) qu’avec l’abstention thérapeutique (0/67).

Il semble donc que les infiltrations de corticoïdes qui ont un effet rapide sur la douleur et le handicap aient des mauvais résultats à moyen terme si elles sont utilisées seules, comme dans cette étude.

Une kinésithérapie adaptée à cette pathologie permet d’obtenir de meilleurs résultats à court terme que l’abstention thérapeutique au prix cependant d’un traitement relativement lourd et prolongé. 

A moyen terme kinésithérapie et expectative ont les mêmes résultats ce qui souligne le caractère, en règle générale, bénin et auto-limité de cette pathologie qui pourraient donc être également prise en charge par de simples conseils ergonomiques chez certains sujets ne souhaitant pas entrer dans un programme de kinésithérapie de 6 semaines…

Dr Nicolas Chabert

Référence
Bisset L et coll. : “ Mobilisation with movement and exercise, corticosteroid injection, or wait and see for tennis elbow : randomised trial.” Br Med J 2006; publication avancée en ligne le 29 septembre 2006 (doi: 10.1136/bmj.38961.584653.AE).

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Vos réactions (2)

  • "Quel traitement pour le tennis elbow ? "

    Le 03 octobre 2006

    Comment comparer différentes techniques quand celles-ci sont des gestes dont l'efficacité dépend de l'éxpérience de celui qui les effectue.
    A l'instar de l'ébéniste, la réussite de l'exercice, tient en grande partie à son habileté.
    Que ce soit le praticien avec son infiltration ou le kiné et ses manipulations, c'est la main et son prolongement cérébral qui opère.
    Il n'y que chez IKEA que les meubles sont identiques et donc comparables.
    Tenter de standardiser ce qui dépend en grande partie de l'individu qui applique une technique est forcément présomptueux.
    Combien de praticiens savent faire correctement unr infiltration ? Combien de kiné connaissent Cyriax ?
    Dr Michel Monteil

  • "Quel traitement pour le tennis elbow ? "

    Le 04 octobre 2006

    Cette étude confirme bien le côté empirique de la thérapeutique du tennis-elbow. Quoi qu'il en soit le traitement proposé par le médecin est souvent lié à l'attente du patient, celle-ci pouvant être +/- "urgente". L'essentiel étant de ne pas nuire.
    Je regrette seulement après avoir lu cet article, de rester dans l'ignorance de la technique kinésithérapeutique précise utilisée. Peut-être pourriez-vous me répondre sur ce dernier point.

    André Rousseau

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