Quelques comprimés contre les poux ?

Pediculus humanus capitis, qui n’est autre que le pou de tête, est un parasite qui infeste la chevelure de plus de 100 millions de sujets chaque année. Contrairement à son cousin Pediculus humanus corporis (le pou de corps), il n’est pas le véhicule de maladies infectieuses sévères. Mais il provoque des démangeaisons très gênantes, tout particulièrement chez les jeunes enfants, et surtout n’est pas toujours facile à éradiquer et ceci en raison de sa haute contagiosité, des difficultés logistiques du traitement et de l’émergence de résistances aux insecticides locaux. En effet à partir du début des années 90 sont apparues des résistances aux dérivés pyréthroïdes qui ont conduit à réintroduire sur le marché le malathion, vis-à-vis duquel d’autres résistances se sont développées.

La mise au point d’une alternative systémique à ces traitements classiques locaux serait donc un progrès significatif. L’ivermectine est un anti-parasitaire actif par voie générale qui a largement fait la preuve de son efficacité dans l’onchocercose, la filariose lymphatique, l’anguillulose et la gale. Les poux de tête se nourrissant de sang 2 à 6 fois par jour, en théorie, l’ivermectine absorbée per os pourrait donc les éradiquer.

812 échecs thérapeutiques inclus dans l’essai

Une équipe franco-britannique a donc entrepris un essai clinique pour le confirmer ou l’infirmer. Etaient éligibles pour cette étude multicentrique, des sujets de plus de 2 ans infestés par des poux de tête (diagnostic confirmé par l’examen au peigne fin) et pour qui un traitement par insecticides topiques appliqué 2 à 6 semaines auparavant avait été inefficace (selon les patients eux-mêmes). Au total 812 sujets vivant dans 376 foyers ont été randomisés en double aveugle entre un traitement par ivermectine (400 microgrammes/kg per os à J1 et J8) et deux applications de lotion de malathion alcoolique à 0,5 % aux même dates (les applications étaient réalisées sur place sur des cheveux secs par l’équipe soignante). La randomisation était effectuée par foyer et non par patient pour que tous les membres d’un même foyer bénéficient du même traitement. Le critère principal de jugement choisi par Olivier Chosidow et coll. était la disparition des poux vivants lors d’un examen au peigne fin de la totalité du scalp à J15. En cas d’échec à cette date les traitements étaient croisés.

Plus efficace que le malathion

En terme d’efficacité sur ces infestations « rebelles », l’ivermectine s’est révélée significativement supérieure au malathion avec, en intention de traiter, 95,2 % d’éradication à J15 contre 85 % (différence 10,2 % avec un intervalle de confiance à 95 % entre 4,6 et 15,7 % (p<0,001). En per protocole la différence entre les deux groupes était un peu moins nette (7,3 %). Le traitement croisé mis en œuvre en cas d’échec à J15 a été un succès dans 38 cas sur 39. 78,3 % des patients ont préféré le traitement systémique, 13 % la lotion tandis que 8,7 %  n’avaient pas de préférence.

Mais à côté de l’efficacité, il était essentiel d’évaluer la tolérance de l’ivermectine dans ce contexte particulier d’une affection bénigne affectant de jeunes enfants. Trois effets secondaires potentiels jugés sérieux par les investigateurs ont été recensés : une crise convulsive à J6 chez une fillette du groupe ivermectine (considérée comme en rapport avec un foyer rolandique droit après bilan) et deux épisodes de céphalées dans le groupe malathion. Il n’y avait pas par ailleurs de différence significative dans la fréquence des effets secondaires possibles, probables ou certains (45 dans le groupe malathion et 30 dans le groupe ivermectine).

L’ivermectine, à cette posologie qui, il faut le signaler, est le double de celle recommandée dans la gale, pourrait donc être une alternative de seconde intention en cas d’échec clinique d’un traitement par insecticides locaux apparemment bien conduit. Il pourrait être cependant nécessaire, avant d’envisager cette nouvelle indication, de mieux évaluer sa tolérance chez de jeunes enfants à ces posologies élevées. De plus, si cette nouvelle utilisation de l’ivermectine était validée, il serait important de surveiller l’apparition de résistances à ce produit qui pourraient être favorisées par une prescription trop large.

Dr Nicolas Chabert

Référence
Chosidow O et coll. : Oral ivermectin versus malathion lotion for difficult-to-treat head lice. N Engl J Med 2010; 362: 896-905.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article