Risque de fausse-couche et amniocentèse

On assiste à une augmentation importante des indications de caryotype foetal, concernant désormais 10 à 15% des grossesses, et principalement réalisé par amniocentèse au cours du 2ème trimestre. Or, quelle que soit la qualité du geste, cette technique invasive entraîne la perte d'un certain nombre de foetus sains par fausse-couche et/ou accouchement prématuré précoce. En termes de Santé Publique et de qualité de l'information délivrée aux femmes enceintes pour guider leur choix, il est indispensable d'avoir une connaissance précise de l'incidence de ces complications en fonction des caractéristiques épidémiologiques de ces patientes.

F Muller et coll. (Boulogne, France, CE), apportent une réponse particulièrement adaptée à ce problème en comparant le taux de pertes foetales dans une étude cas-témoin portant sur un échantillon de 50 476 femmes composé de 3472 patientes ayant subi une amniocentèse en raison d'un risque sérologique supérieur à 1/250 et de 47 004 contrôles dont certaines étaient par ailleurs à risque de trisomie 21. L'auteur a exclu de son échantillon les dyskaryotypies confirmées et les malformations foetales. Les taux de fausse-couche avant 24 semaines d'aménorrhée (SA) et d'accouchement prématuré avant 28 SA étaient respectivement de 1,12% (IC 95% 1,08-1,15) et de 0,40 % (IC 95% 0,39-0,41) dans le groupe amniocentèse contre 0,42 % (IC 95% 0,41-0,43) et 0,24 % (IC 95% 0,23-0,25) dans le groupe contrôle (p < 0,001 dans les deux cas). Le taux global de pertes foetales était donc de 1,52 % dans le groupe amniocentèse et de 0,66 % dans le groupe témoin suggérant un risque additionnel de 0,86 % lié à la réalisation de l'amniocentèse. À noter que parmi les 50 476 patientes de l'étude, il y a eu 61 cas de trisomies 21 détectés par la sérologie avec 30 pertes foetales attribuables à l'amniocentèse (0,86 x 3472).

Cette étude est suffisamment puissante pour permettre de détecter d'une manière fiable une différence dans le taux de pertes foetales de moins de 1% malgré les limites incontournables des études cas témoin (constitution du groupe contrôle) une étude randomisée n'étant de toute manière pas faisable. Ce chiffre de 0,86 % est une estimation haute du risque lié à l'amniocentèse. En effet, l'âge médian du groupe amniocentèse est de 33 ans contre 29 pour le groupe contrôle ce qui augmente physiologiquement l'incidence de pathologies obstétricales sources de pertes foetales. De même, un test sérologique positif est un marqueur de risque obstétrical même avec un caryotype normal. Malgré ces réserves épidémiologiques, on peut retenir qu'en France le risque de perte foetale liée à la réalisation d'une amniocentèse pour suspicion de dyskaryotypie après dépistage sérologique est au pire de 0,86 % confirmant les données déjà disponibles.

Dr Jean-Marie Brideron


Muller F et coll. "Risk of amniocentesis in women screened positive for Down syndrome with second trimester maternal serum markers" Prenat Diagn 2002; 22: 1036 -1039. © Copyright www.jim.fr 2002.

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