Semelle orthopédique pour gonarthrose, ce n’est pas le pied !

Le port de semelles orthopédiques fait partie des prises en charge possibles de la gonarthrose. Treize des 14 guidelines internationaux consacrés au traitement de la gonarthrose les recommandent, elles permettraient de réduire la charge supportée par le genou, charge suspectée d’être un facteur important de la progression de l’arthrose.

Une étude publiée récemment dans le British Medical Journal  vient s’ajouter aux données limitées disponibles jusqu’à présent quant à l’efficacité de ces semelles. Il s’agit d’un essai randomisé contrôlé, incluant 179 patients de plus de 50 ans souffrant de gonarthrose médiale, diagnostiquée cliniquement et radiologiquement, et classée comme « moyenne » ou « modérément sévère ».

Divisés en 2 groupes, les uns (n= 89) ont porté une paire de semelles orthopédiques en éthylène- acétate de vinyle (EVA) de haute densité, renforcée latéralement selon un angle de 5 degrés glissées en permanence dans leurs chaussures personnelles. Les semelles ont été remplacées tous les 4 mois. Les autres, constituant le groupe contrôle (n= 90), ont bénéficié aussi des semelles EVA, mais non relevées. Les patients ont été suivis pendant 12 mois. L’évaluation a été faite sur les signes cliniques, les gonalgies quantifiées par une échelle de douleur de 0 à 11 et l’impotence fonctionnelle, l’ankylose et la qualité de vie, et sur des mesures structurelles par IRM du volume du cartilage tibial interne et une classification de 0 à 4 de la perte de substance cartilagineuse au niveau du compartiment interne.

Après un an de port de semelles, la différence entre les deux groupes n’est pas significative en ce qui concerne la douleur (- 0,3 points, IC 95 % :  – 1,0 à 0,3), les changements du volume du cartilage tibial interne (- 0,4 mm³, - 15,4 à 14,6). Les autres mesures réalisées ne sont pas non plus concluantes quant à une différence entre les deux types de prises en charge.

Les patients à qui étaient dévolu le port de semelles relevées rapportent  davantage d’effets indésirables, lombalgies, douleurs des pieds, et un inconfort pour 50 % d’entre eux. Notons toutefois que 30 % des patients du groupe contrôle jugeaient aussi leurs semelles inconfortables.

Ces résultats sont en contradiction avec l’hypothèse qu’en déchargeant le compartiment interne, la douleur et la détérioration structurale devraient s’améliorer. Les auteurs évoquent la possibilité d’un biais, durée trop courte de l’essai, types de chaussures portées par les patients, observance, mesure trop ponctuelle de la douleur connue pour être très variable dans cette pathologie, et ils n’excluent pas l’existence d’un effet bénéfique que l’étude ne serait pas parvenue à mettre en évidence. 

Dr Roseline Péluchon

Références
Bennell KL et coll. : Lateral wedge insoles for medial knee osteoarthritis: 12 month randomised controlled trial.
BMJ 2011; 342: d2912

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