Tétanos : après un siècle de tâtonnement, le sulfate de magnésium démontre son efficacité

En 1906, JA Blake publiait dans une revue d’obstétrique des observations d’amélioration de tétanos grâce au sulfate de magnésium. La mise au point de l’anatoxine (1923), les progrès de la réanimation et l’absence d’essais cliniques de qualité conduisirent à reléguer cette « découverte » au magasin des accessoires. Ce traitement fut cependant exhumé dans les années 80 au cours desquelles 2 études ouvertes de petites tailles rapportèrent des succès thérapeutiques avec des perfusion de sulfate de magnésium dans le tétanos avec des effets allégués sur les perturbations du système nerveux autonome (hypotension et tachycardie), sur les spasmes et la nécessité de mettre en route une ventilation assistée (VA).

Un traitement vieux de 100 ans !

Pour infirmer ou confirmer ces résultats, 100 ans après la publication de Blake, une équipe anglo-vietnamienne a initié une vaste étude randomisée en double aveugle dans l’unité de soins intensifs spécialisée de l’hôpital de médecine tropicale de Ho Chi Minh Ville au Vietnam. 

Deux cent cinquante-six malades souffrant d’un tétanos grave ayant nécessité une trachéotomie (mais pas encore de VA) ont été randomisés entre un traitement d’une semaine par sulfate de magnésium intraveineux (2 g/h pour les sujets de plus de 45 kg après une dose de charge de 40 mg/kg) ou par placebo (glucosé à 5 %).

Aucun effet secondaire cliniquement significatif n’a été rapporté à la perfusion de sulfate de magnésium.

Sur le critère principal de jugement, la nécessité de mettre en route une VA, le traitement n’a pas eu d’effet significatif : 80 % de VA sous placebo contre 74 % sous traitement actif (p=0,392 ; NS).

Une diminution des besoins en myorelaxant

En revanche sur les critères secondaires de jugement, le sulfate de magnésium a eu un impact positif : comparativement aux malades du groupe placebo les patients sous sulfate de magnésium ont nécessité des doses moindres de midazolam (1,4 mg/kg/j contre  7,1 mg/kg/j ; p=0,026) et de curarisant (0 mg/kg/j contre 2,3 mg/kg/j (p=0,005). De plus les épisodes d’instabilité cardiovasculaire imposant la prescription de vérapamil ont été 4,7 fois moins fréquents sous traitement actif.
Quant à la mortalité elle était de 13 % dans le groupe traitement actif contre 16 % sous placebo (NS ; p=0,645).

Ainsi, sans qu’une diminution significative des besoins en VA ou des décès ne soit démontrée, le sulfate de magnésium améliore de façon indiscutable l’intensité des spasmes musculaires et la dysfonction du système nerveux autonome qui sont des marqueurs de gravité du tétanos. Pour les auteurs, ce traitement peut donc être proposé en routine dans les services de réanimation, tout particulièrement dans les pays en voie de développement compte tenu de son prix modique.

L’intérêt du sulfate de magnésium chez des sujets moins sévèrement atteints (non trachéotomisés) et suivis hors de service de réanimation, administré de façon plus précoce et sur de plus longues durées devrait être l’objet de nouvelles études.

Rappelons pour finir que si le tétanos est une maladie en voie de disparition dans les pays développés grâce à la vaccination (9 décès en France en 2000), il demeure encore une cause très importante de mortalité dans le monde avec selon certaines estimations environ un million de cas hospitalisés et 400 000 morts par an dans le monde.

Dr Anastasia Roublev

Référence
Thwhaites C et coll. : « Magnesium sulfate for treatment of severe tetanus : a randomised controlled trial. » Lancet 2006; publication avancée en ligne le 4 octobre 2006

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article