Chirurgiennes et chirurgiens dans la mouvance metoo

Dans un article du JAMA, Julie Story Byerley, professeur de pédiatrie en Caroline du nord, très impliquée dans les programmes d’éducation des femmes, lance un cri d’alarme à l’intention des chirurgiens de sexe masculin.

En effet, malgré d’indiscutables progrès, les femmes, dit-elle, sont sous-représentées dans les instances chirurgicales. De plus, elles seraient plus exposées à l’épuisement et au mal-être psychologique. Elles seraient soumises à moins d’émulation que les hommes, ayant moins de professeurs de leur sexe pour les encadrer, même après ajustement en fonction de leur âge, de leur ancienneté et de leur spécialité. Alors que les femmes représentent un quart du corps chirurgical (proportion en augmentation constante), seules 10 % ont eu accès au professorat. Elles sont sous-représentées dans les présidences des Sociétés savantes, comme elles le sont dans la vie économique aux postes de PDG.

L’une des conséquences collatérales du mouvement « me too » a été d’engendrer une forte réticence chez les hommes à employer, ou enseigner des femmes, dans la crainte d’être accusé de harcèlement pour un geste, une plaisanterie ou un sourire mal interprétés. Cet effet boomerang du mouvement féministe a fait d’elles les victimes de leur sentiment de colère et a nui à leur carrière. La chirurgie n’a pas été épargnée par cette réaction, et l’on a constaté une baisse de la nomination de femmes à des postes stratégiques depuis l’apparition de ce mouvement. Or, ceci peut être considéré comme un échec éthique.

Le respect mutuel n’est pas un défi à relever mais une attitude normale…

Pour parvenir à des normes sociales équitables, chaque chirurgien a un rôle pour favoriser l’équité entre les sexes, que leurs collègues femmes, en raison de leur faible nombre dans les échelons supérieurs, ne peuvent espérer obtenir seules. Pour promouvoir à a fois le parrainage, l’entraînement et le soutien psychosocial des chirurgiennes, les auteurs (chirurgiens plastiques à New York) proposent aux chirurgiens hommes les conseils suivants :

- changer de mentalité et s’auto-évaluer en continu pour modifier leur perception des dangers qu’il peut y avoir à encadrer et à former des chirurgiennes.
- réaliser que le respect (mutuel) porté à une collaboratrice n’est pas un défi à relever mais une attitude normale, liée au mérite de l’une et non à la bénévolence de l’autre.
- ne pas penser qu’une femme est incapable de différencier des bonnes et des mauvaises intentions, ce qui signifierait une grave lacune dans la perception de celle-ci.
- désapprendre les comportements qui font des instances chirurgicales supérieures un club masculin et se convaincre au contraire que la mixité des équipes améliore leurs résultats.

Par ailleurs, en cas de comportement inapproprié d’un chirurgien, ses collègues doivent intervenir : c’est évident en cas de harcèlement, voire d’attouchements ou de viol, plus difficile quand la discrimination est plus insidieuse (commentaire sexiste ou méprisant) ; encore faut-il intervenir avec tact et mesure et sans agressivité. L’attitude du chirurgien enseignant une élève doit être pleine d’empathie.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Daar David A : A Call to Action for Male Surgeons in the Wake of the #MeToo Movement: Mentor Female Surgeons. Ann Surg., 2019; 270: 26-28.

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