Dénutrition et cancer : le recours au diététicien est trop tardif

La dénutrition est très fréquente chez les patients atteints de cancer. Elle affecterait plus de la moitié d’entre eux. De nombreux travaux ont toutefois montré qu’elle était sous-diagnostiquée. Ils montrent aussi que la dénutrition peut être présente avant même le début du traitement et chez des patients atteints d’un cancer localisé. Elle est particulièrement associée à une réduction de la survie et de la qualité de vie des patients et à une augmentation de la durée des hospitalisations. L’anorexie, la dysgueusie, les nausées, et autres symptômes gastro-intestinaux, souvent secondaires aux traitements, ont un impact significatif sur l’alimentation des patients. Il faut y ajouter la fatigue, les douleurs, les difficultés psychologiques ou encore le manque de connaissances en diététique.

Les patients à haut risque en priorité

Il est sans doute plus facile de prévenir la dénutrition que de la traiter. C’est la raison pour laquelle les recommandations préconisent un dépistage systématique et une évaluation régulière du statut nutritionnel des patients. Il est important de noter que le diagnostic de dénutrition est parfois difficile, notamment chez les personnes obèses chez lesquelles la perte de poids n’alerte pas obligatoirement. Force est de constater qu’une évaluation diététique systématique et régulière de tous les patients atteints de cancer semble difficile à mettre en œuvre. En revanche, des outils sont disponibles permettant un dépistage systématique des personnes à risque de dénutrition, parmi lesquels le MUST (Malnutrition Universal Screening Tool), le MST (Malnutrition Screening Tool) et le NRS-2002 (Nutrition Risk Screening).

Pour référer rapidement au diététicien

Les diététiciens sont les principaux référents en cas de dénutrition. Et, d’après les données, il semble qu’ils soient trop peu, ou trop tardivement sollicités. Ce que confirment les résultats de cette enquête menée en Irlande qui a évalué les habitudes de recours aux diététiciens en pratique courante dans la prise en charge de patients atteints de cancer. Au total, 200 sujets ont été inclus dans l’analyse, dont la moitié présentait un cancer gastro-intestinal ou hépato-biliaire. Il en ressort qu’effectivement les patients sont souvent adressés tardivement aux diététiciens. Le premier motif de demande de prise en charge est la perte de poids. Si le dépistage systématique du risque de dénutrition avait été réalisé selon les recommandations, près de la moitié des patients de cette étude auraient pu être adressés plus tôt, Mais celui-ci n’est effectué que dans 35 % des cas. Notons qu’une obésité pré-existante contribue à cette insuffisance de diagnostic de la dénutrition. En effet, dans cette étude, malgré une perte de poids ≥ 5 % chez les 2/3 des patients, la majorité d’entre eux ont un poids normal ou un surpoids. Neuf personnes sur 10 ont au moins un facteur favorisant la dénutrition (anorexie, nausée, satiété précoce sont les plus fréquents). Mais 7 sur 10 ont 2 facteurs ou plus et les pertes de poids les plus importantes sont associées aux plus grands nombres de facteurs.
 
Pour les auteurs, il semble essentiel que les recommandations précisent le moment le plus adapté pour adresser le patient à la consultation diététique. Par ailleurs, les différents outils de dépistage disponibles ne semblent pas tous de qualité égale pour le dépistage, notamment pour les patients obèses. Cela restera aussi à déterminer. Enfin, l’éducation des praticiens au dépistage et à une meilleure utilisation du recours aux diététiciens semble aussi indispensable.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Lorton CM et coll. : Late referral of cancer patients with malnutrition to dietitians : a prospective study of clinical practice. Support Care Cancer. 2020 May;28(5):2351-2360.

Copyright

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article