La masse musculaire, paramètre crucial pour la toxicité de la chimiothérapie

Le calcul des doses de certaines chimiothérapies se fait à partir de l’estimation de la surface corporelle, elle-même fondée sur la masse corporelle et la taille. Cependant, si la molécule de chimiothérapie diffuse bien dans les tissus maigres, les patients dont la masse musculaire est relativement basse sont à risque de surdosage, par l’effet d’une surestimation de la masse maigre. Cela a pour conséquence un risque d’augmentation de la toxicité de la chimiothérapie qui peut obliger à l’interruption du traitement.

Une équipe internationale a réalisé une étude rétrospective dont l’objectif était de préciser le lien entre une masse musculaire faible en début de traitement (mesurée à l’aide d’un scanner au niveau thoracique ou lombaire) et l’arrêt de la chimiothérapie, chez des patients atteints d’un cancer de la tête et du cou. Au total, 213 malades traités par chirurgie et chimiothérapie à base de sels de platine ont été inclus.

Un risque accru d’arrêt de traitement

Les résultats sont convaincants, puisqu’il apparaît que la masse musculaire est significativement associée à l’incidence des arrêts de chimiothérapie pour cause de toxicité. Plus précisément, un faible indice de masse musculaire squelettique est associé à une augmentation de 4-5 % des interruptions prématurées de la chimiothérapie. Inversement, une augmentation de la masse musculaire squelettique est associée à une réduction de 4-5 % de l’arrêt de la chimiothérapie. Les patients ayant un indice de masse squelettique inférieur à la moyenne et une perte de poids constituaient le groupe où le risque d’arrêt du traitement était le plus élevé. Des modèles multivariés ont aussi identifié des associations potentielles avec le type de chimiothérapie, la présence de comorbidités, la consommation combinée d’alcool et de tabac et le sexe.

D’autres travaux seront par conséquents nécessaires pour définir une prise en charge adaptée pour les patients à faible masse musculaire, et ainsi prévenir les interruptions de la chimiothérapie.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Sealy MJ et coll. : Low muscle mass is associated with early termination of chemotherapy related to toxicity in patients with head and neck cancer. Clin Nutr 2019. Publication avancée en ligne le 22 février.https://doi.org/10.1016/j.clnu.2019.02.029

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