Moins d’allaitement au sein pour les mères qui souffrent de PR

L’allaitement maternel a ses ardents défenseurs et ses détracteurs, le débat restant largement ouvert dans la plupart des pays occidentaux. Quoi qu’il en soit, l’OMS préconise cette alimentation de manière exclusive pendant les six premiers mois de la vie. Comment les patientes atteintes d’une polyarthite rhumatoïde (PR) mettent-elles en pratique cette recommandation ? Leur attitude diffère-t-elle de celle des femmes issues de la population générale et si oui, pour quels motifs ? C’est à ces questions que répond une étude de cohorte prospective dite PARA (Pregnancy-induced Amelioration of Rheumatoid Arthritis) study, menée aux Pays-Bas. Les données concernant 249 femmes enceintes atteintes d’une PR et incluses dans l’étude entre 2002 et 2008 ont été recueillies. Le suivi a été assuré du début de la grossesse jusqu’au sixième mois du post-partum. Une comparaison a été faite par rapport à des femmes issues de la population générale.

Abandons fréquents par crainte d’un risque iatrogène

La proportion de patientes ayant recours à l’allaitement maternel a diminué drastiquement au cours du post-partum, passant de 43 % entre les 4ème et 6ème semaines du post-partum à 26 % à la 12ème semaine  pour s’effondrer à 9 % à la 26ème semaine. Des résultats bien inférieurs à ceux des témoins de la population générale, les chiffres correspondants étant respectivement de 63 %, 46 % et 41 % (p < 0,001), à la fois plus élevés et plus stables dans le temps. Parmi les motifs invoqués pour mettre un terme à l’allaitement maternel, il en est un qui est nettement mis en avant par les patientes : c’est la nécessité de reprendre un traitement de fond, un motif retrouvé plus d’une fois sur deux (n = 129 ; 57,8 %). Pourtant, dans 40 % des cas, ce traitement s’avérait parfaitement compatible avec l’allaitement maternel.

Cette étude de cohorte prospective nationale révélé qu’aux Pays-Bas comme sans doute ailleurs, souffrir de PR (et probablement d’autres maladies chroniques) influe très significativement sur le recours à l’allaitement maternel. Les patientes, par rapport à la population générale, sont moins tentées par cette pratique, et elles y renoncent massivement par crainte d’un effet iatrogène. Près d’une fois sur deux, cette attitude est en fait irrationnelle, car le traitement interrompu avant la grossesse et repris au terme de cette dernière s’avère compatible avec l’allaitement maternel. Si ce dernier est réellement souhaité par la patiente, c’est par une information précise sur son traitement que passent les interventions destinées à lever les barrières psychologiques souvent rencontrées dans les maladies chroniques. A fortiori quand le traitement de fond fait appel à une pharmacothérapie lourde et inquiétante, dans des sociétés où le médicament est souvent diabolisé, tout particulièrement en cas de grossesse et de risque tératogène…

Dr Philippe Tellier

Référence
Ince-Askan H et coll. : Breastfeeding among Women with Rheumatoid Arthritis Compared with the General Population: Results from a Nationwide Prospective Cohort Study. J Rheumatol. 2019 ; 46(9):1067-1074. doi: 10.3899/jrheum.180805.

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