Les déficients intellectuels, oubliés de l’après-Covid…

Les éditorialistes du British Journal of Psychiatry rappellent que les personnes avec une déficience intellectuelle ont des taux plus élevés de problèmes physiques, mentaux et comportementaux que la population générale, notamment parce que leurs troubles cognitifs et leurs éventuels déficits de communication peuvent les empêcher d’identifier leurs difficultés et d’obtenir soutiens et conseils appropriés. Et lors d’une pandémie comme celle de Covid-19, les personnes avec une déficience intellectuelle constituent l’une des populations les plus vulnérables.

 Les facteurs de cette vulnérabilité incluent en particulier la multimorbidité, les faibles niveaux de littératie en santé (c’est-à-dire la capacité du sujet à obtenir de l’information médicale, la comprendre et l’utiliser pour améliorer sa propre santé[1]), des difficultés de compréhension et de communication, la dépendance à l’égard d’autres personnes, le faible respect des règles d’hygiène, le fort besoin de routine ou d’uniformité, et de faibles capacités d’adaptation. Pendant la Covid-19, ces points faibles ont particulièrement fragilisé ces sujets vulnérables, et certaines études suggèrent une augmentation des difficultés de santé mentale et de prescription de médicaments psychotropes chez les personnes avec déficience intellectuelle, même si l’impact de cette pandémie sur leur bien-être et leur santé mentale n’a pas encore été étudié sur de vastes échantillons.

Difficile de reconnaître un syndrome post-Covid-19 chez ces patients


 Les auteurs soulignent l’intérêt actuel pour la symptomatologie persistante après Covid-19, décrite comme « syndrome post-Covid-19 », et déplorent que des populations vulnérables comme les personnes avec un handicap mental ou une déficience intellectuelle (pourtant « touchées de manière disproportionnée par la pandémie ») risquent d’être paradoxalement laissées pour compte, à l’écart d’une prise en charge de ce syndrome post-Covid-19. De surcroît, en raison de leurs difficultés de communication, il est parfois difficile de reconnaître un syndrome post-Covid-19 chez des sujets avec déficience intellectuelle, d’autant plus que certains symptômes neuropsychiatriques notamment la dépression, l’anxiété, ou des troubles psychotiques sont déjà répandus dans cette population et donc difficiles à repérer à titre de séquelles post-Covid-19.

Comme les intéressés peuvent avoir des difficultés à décrire les principaux symptômes du syndrome post-Covid-19 (telle la fatigue et la douleur), les auteurs notent que cette situation crée des défis cliniques et des dilemmes diagnostiques pour attribuer ou non des signes évocateurs à des séquelles de la COVID-19, avec le risque de conduire à une occultation du diagnostic de syndrome post-COVID-19.

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Litt%C3%A9ratie_en_sant%C3%A9

Dr Alain Cohen

Référence
Shankar R et coll.: Post-COVID syndrome and adults with intellectual disability: another vulnerable population forgotten? Br J Psychiatry, 2023-01: 1–3. doi: 10.1192/bjp.2022.89.

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