Confinement en France, 30 % d’admissions pour IDM en moins

La pandémie de Covid-19 a eu des répercussions profondes sur les systèmes de santé et leur fonctionnement, notamment au moment du confinement. En cardiologie, à un niveau mondial, le nombre d’admissions pour infarctus du myocarde avec sus-décalage du segment ST (IDM) a connu une chute brutale et durable d’une amplitude variable selon les pays et les régions, les chiffres oscillant entre 18 % et 48 % en France et aux Etats-Unis pour atteindre… 80 % dans certaines régions d’Espagne et d’Italie.

FRENCHIE, une cohorte française

L’étude de registre FRENCHIE (French Cohort of Myocardial Infarction Evaluation) permet d’évaluer les effets du confinement général -décrété le 16 mars 2020- sur le nombre et les caractéristiques des IDM avec ou sans sus-décalage du segment ST admis en urgence moins de 48 heures après les symptômes inauguraux, au sein de 21 centres hospitaliers ou hospitalo-universitaires répartis sur l’ensemble du territoire national.

La fréquence hebdomadaire des admissions a été estimée pendant huit semaines consécutives, dont quatre avant et quatre pendant le confinement. La comparaison entre les deux périodes a fait appel à divers tests statistiques : test du χ² ou test exact de Fisher, test t de Student ou de Mann-Whitney tests, mais aussi analyse de Poisson par régression pour déterminer la signification des variations de la fréquence des admissions. Les covariables suivantes ont été prises en compte : catégorie d’âge, région et type d’IDM avec ou sans sus-décalage du segment ST.

Diminution plus nette encore pour les IDM non transmuraux

Entre le 17 février et le 12 avril 2020, 1 167 patients ont été admis dans les 48 heures après l’apparition des signes ou symptômes inauguraux de l’IDM (dont 583 IDM avec et 584 sans sus-décalage de ST) : 686 avant et 481 après le confinement. Le confinement s’est donc accompagné d’une diminution de 30 % des admissions pour IDM, l’incidence rate ratio (IRR) étant estimé à 0,69 (IC 95 % 0,51-0,70).

Pour les IDM avec sus-décalage de ST, l’IRR était de 0,72 (IC 95 % 0,62-0,85), la diminution des admissions étant de l’ordre de 24 %. Cette diminution était encore plus nette (35 %) pour les IDM non transmuraux, l’IRR étant alors de 0,64 (IC 95 % 0,55-0,76). Les tendances observées se sont avérées indépendantes du sexe, des facteurs de risque et de la prévalence régionale des hospitalisations en rapport avec la Covid-19. En revanche, elles ont été plus marquées chez les sujets âgés (> 80 ans). La prise en charge thérapeutique a été identique au cours des deux périodes: si la mortalité hospitalière s’est avérée un peu plus élevée pendant le confinement, le seuil de signification statistique n’est pas atteint.

Hypothèses

Le confinement décrété le 16 mars 2020 en France a eu un impact net sur la fréquence des admissions liées à un IDM récent (< 48 heures) qui ont chuté en moyenne de 30 %, un peu plus en cas d’IDM non transmural (-35 % en moyenne). Le phénomène s’est manifesté dès la première semaine du confinement et s’est maintenu au cours des quatre semaines suivantes, indépendamment de la prévalence régionale des cas de Covid-19 (nécessitant une hospitalisation).

Les raisons de ces « défections » observées dans tous les pays du monde sont multiples et conjecturales. En premier lieu, les craintes des patients et leur hésitation à faire appel aux services d’urgence ou aux hôpitaux en plein cœur de la pandémie. Cependant, l’effet immédiat du confinement plaide en faveur d’une autre hypothèse difficile à vérifier : c’est la diminution de l’incidence des IDM sous l’effet, par exemple, d’une réduction des facteurs déclenchants ou favorisants, qu’il s’agisse de l’activité physique ou encore de la pollution atmosphérique…

Dr Peter Stratford

Référence
Mesnier J et coll. : Hospital admissions for acute myocardial infarction before and after lockdown according to regional prevalence of COVID-19 and patient profile in France: a registry study. Lancet Public Health, 2020 : publication avancée en ligne le 17 septembre. doi.org/10.1016/ S2468-2667(20)30188-2.

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Vos réactions (1)

  • Pareil pour les AVC

    Le 25 septembre 2020

    Et la conclusion que le stress au travail et dans les embouteillages est d’une grande importance ne saute pas aux yeux et pourtant !

    Dr François Roche

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