Covid-19 et réanimation : des tests sérologiques rapides pour faire le tri ?

La pandémie à SARS-CoV-2 nécessite de disposer de tests de diagnostic précis pour pouvoir trier les patients afin de les hospitaliser soit dans des services avec isolement, soit dans des services ordinaires. Les tests de référence sont basés sur la RT-PCR réalisée sur des écouvillons nasopharyngés dont le résultat demande quelques heures. Des tests sérologiques rapides détectant les IgM et IgG ciblées contre le SARS-CoV-2 sont disponibles ; toutefois, des doutes ont été soulevés quant à leur sensibilité dans les unités de réanimation et soins intensifs (ICU) dont les patients sont plus gravement atteints, voire immunodéprimés.

Cette étude observationnelle multicentrique a évalué la sensibilité d'un test sérologique au lit du patient (POCST) chez des patients d’ICU présentant une infection grave par le SARS-CoV-2 confirmée par RT-PCR. Le POCST a été réalisé par une piqûre au doigt, avec 10 μL de sang et a été testé avec l'appareil, BIOSYNEX COVID-19 BSS (IgG/IgM)® (Biosynex, Illkirch-Graffenstaden, France). Chaque POCST comportait un contrôle de qualité. La concordance entre la RT-PCR et le POCST a été évaluée en ce qui concerne la présence d'IgM et/ou d'IgG. Les patients chez lesquels le POCST ne montrait aucune IgM et aucune IgG ont été considérés comme négatifs.

Une sensibilité de 92 %

Au total, 99 patients ont été inclus : âgés de 62,4 ± 13,3 ans ; 34,7 % de femmes ; IMC moyen de 29,1 ± 5,9 kg/m2 ; score SAPS II (Simplified Acute Physiology Score) de 50,1 ± 22,8. Le délai moyen entre la réalisation du POCST et la date d’apparition des premiers symptômes était de 17,9 ± 9,1 jours. Les résultats ont été obtenus en moins de 10 minutes pour tous, sauf chez 2 patients chez lesquels le contrôle de qualité n'avait pas été respecté ; les tests ont donc dû être effectués deux fois.

Le POCST a donné 8 (8,1 %) résultats négatifs, ce qui correspond à une sensibilité de 91,9 %. Le délai entre les premiers symptômes et le POCST était significativement moindre chez les patients négatifs par rapport aux patients positifs (10,4 ± 7,8 versus 18,6 ± 7,9 jours, p = 0,005). Les patients négatifs étaient significativement plus jeunes (50,7 ± 16,9 versus 63,5 ± 12,5 ans ; p = 0,009). Les autres variables étaient similaires, y compris le nombre de lymphocytes (1,0 ± 0,7 versus 2,4 ± 8,5 G/L, p = 0,55). La régression logistique multivariée a montré que le délai et l'âge étaient tous deux indépendamment associés à une POCST négative (respectivement OR = 0,82 (0,71 - 0,95) par jour supplémentaire, p = 0,009, et 0,93 (0,87 - 0,98) pour chaque année supplémentaire, p = 0,013).

Trois autres profils sérologiques différents ont été identifiés : IgM+/IgG- chez 7 patients, IgM+/IgG+ chez 64 patients et IgM-/IgG+ chez 19 patients. Le délai entre les premiers symptômes et le POCST était significativement différent dans les quatre groupes. Contrairement au SAPS II, la distribution de l'âge, de l'IMC et du nombre de lymphocytes ne différait pas de manière significative dans les quatre groupes.

Dans cette étude observationnelle la sensibilité du POCST s’est avérée similaire à celle indiquée par le fabricant (93 %). Les variables associées aux résultats négatifs ont été l'âge et le délai entre le début de l'infection et la POCST, ce qui était attendu compte tenu de la dynamique connue de l'immunisation après une infection par le SARS-CoV-2. Ni la gravité ni l'état d'immunosuppression des patients n’ont influé sur la probabilité de présenter des résultats négatifs au POCST.

Pas encore suffisamment élevée pour la pratique clinique

Bien que multicentrique, cette étude souffre de la petite taille de l'échantillon, d'où la nécessité d’une validation avec des cohortes plus importantes visant à évaluer les effets de l’utilisation du POCST et la gestion des lits qui en découle sur la contamination virale en milieu hospitalier afin de répondre à la question suivante : les tests sérologiques rapides peuvent-ils permettre très rapidement d’alléger la charge du SARS-CoV-2 sur les lits et le personnel des unités de soins intensifs ?

La sensibilité n'a pas été jugée suffisamment élevée dans la pratique clinique pour faciliter le triage entre les services isolés pour SARS-CoV-2 et les services de soins intensifs ordinaires.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Nguyen, L.S., Laghlam, D., De Gonfreville, E. et coll. : Sensitivity of point-of-care IgM and IgG test in critically ill patients with SARS-Cov-2. Crit Care, 2020 24, 573. doi.org/10.1186/s13054-020-03290-x

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