Football et pression artérielle : on marque un but !

La forme physique qui n’est pas que cardio-respiratoire est une variable complexe hautement prédictive de la mortalité à long terme, notamment celle relevant d’une cause cardiovasculaire. De ce fait, la pratique régulière d’une activité physique aérobie constitue une pierre angulaire dans la prévention primaire et le traitement de nombreuses maladies chroniques parmi lesquelles figurent en bonne place l’hypertension artérielle et le diabète de type 2, pour ne citer que quelques exemples. L’entraînement physique de haut niveau joue particulièrement sur la performance cardiovasculaire, cependant que la course d’endurance tend plutôt à améliorer l’équilibre métabolique, la musculation raisonnable entretenant le système musculo-squelettiques. L’activité sportive idéale devrait affecter simultanément ces trois facettes de la forme physique dans toutes leurs dimensions.

A cet égard, au cours de la dernière décennie, les regards se sont tournés vers le football qui, pratiqué à des fins récréatives et non professionnelles, semble bien répondre au cahier des charges précédemment évoqué. En effet, au cours d’une partie de football d’environ 60 minutes, la fréquence cardiaque tend à augmenter progressivement pour atteindre en moyenne de 80 à 85 % de la fréquence maximale théorique, avec des pics > 90 % plus ou moins prolongés (15 à 50 % du temps), en fonction de l’implication, de la motivation et de la forme du sujet. Une telle activité aérobie est bénéfique per se, mais elle s’associe à d’autres actions physiques qui, elles aussi, sont autant d’atouts au cours d’une séance de 60 minutes : courses brèves et répétées, centaines de mouvements spécifiques mettant en jeu de nombreux groupes musculaires, qu’il s’agisse de sauts, de dribbles, de demi-tours, de tirs au but ou encore d’étirements, cette liste n’étant pas exhaustive. De fait, de nombreuses études tendent à présenter le football comme une activité physique douée d’effets salutaires en cas d’HTA, notamment chez les sujets des deux sexes et d’âge moyen, mais aussi dans d’autres affections chroniques, indépendamment de l’âge et du sexe.

Deux méta-analyses ont déjà permis de souligner l’impact positif du football récréatif régulier sur la VO2max et la fréquence cardiaque au repos (FCR). Il convient d’en ajouter une troisième qui a évalué l’amplitude des bénéfices de cette activité sportive sur d’autres paramètres ou cibles : pression artérielle, FCR, composition corporelle, forme musculaire, lipides sanguins et tolérance glucidique.

Une méta-analyse de 31 articles

La consultation des bases de données internationales jusqu’au 1er février 2017 a permis de sélectionner 31 articles répondant aux critères d’éligibilité : (1) essais randomisés ou comparatifs type cas-témoins avec appariement ; (2) allocation à un groupe football récréatif versus autre sport (ou témoins passifs) ; (3) programmes d’entraînement physique d’au moins deux semaines, détaillés dans le protocole de chaque étude.

Globalement, sans tenir compte des chiffres tensionnels de départ, les bénéfices du football récréatif régulier sont apparus particulièrement marqués pour la pression artérielle systolique (PAS), la comparaison intergroupe révélant une taille d’effet (TE) de 4,20 mmHg (intervalle de confiance à 95 % [IC] :1,87 à 6,53). Il en a été de même pour la pression artérielle diastolique (PAD), avec une TE de 4,20 mmHg ; IC : 2,33 à 5,44). Si l’analyse se focalise sur les participants atteints d’une HTA légère, les valeurs correspondantes de la TE pour la PAS et la PAD ont été estimées respectivement à 11 et 7 mm Hg versus 10 et 7 mmHg en cas de préhypertension selon l’ancienne définition. La comparaison intergroupe a révélé d’autres effets bénéfiques associés au football récréatif régulier: (1) FCR plus basse : TE = 6,03 bpm ; IC : 4,43 à 7,64) ; (2) masse grasse plus faible : TE = 1,72  kg ; IC : 0,86 à 2,58) ; (3) LDL-cholestérol plus bas : TE = 0,21 mmol/l ; IC : 0,06 à 0,36). Pour ce qui est de la baisse de la PAD, cette activité physique s’est révélée plus bénéfique que la course d’endurance.

Cette méta-analyse confirme les nombreux bénéfices du football récréatif régulier, largement mis en exergue depuis une dizaine d’années. Dans le domaine cardiovasculaire, les effets sur les chiffres tensionnels et la FCR sont particulièrement édifiants. Au travers d’une baisse de PAS et de PAD qui avoisinerait les 5 mmHg, cette activité physique pourrait contribuer à l’amélioration du profil de risque cardiovasculaire, notamment en cas d’HTA légère ou de préhypertension.

Bref, le ballon rond a bien des attraits et la perspective d’une coupe du Monde toute proche ne peut que les renforcer. Les autres dimensions de cette activité sportive doivent être aussi soulignées : les interactions sociales, l’esprit de compétition et la motivation sont autant d’atouts supplémentaires qui ne peuvent que favoriser…l’observance d’un programme centré sur le foot.

Dr Philippe Tellier

Référence
Milanović Z et coll. : Broad-spectrum physical fitness benefits of recreational football: a systematic review and meta-analysis. Br J Sports Med 2018 : Publication avancée en ligne le 25 janvier. doi: 10.1136/bjsports-2017-097885.

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