L’âge à la ménopause dépend-il de ce que l’on mange ?

Dans les pays industrialisés, tels le Royaume-Uni, l’âge moyen au moment de la ménopause est estimé à 51 ans. Cette étape marque la fin du cycle reproductif, et s’accompagne d’une chute des taux d’estradiol et de progestérone. Plusieurs études ont établi une association entre la précocité de la ménopause et certains évènements, sans aboutir pour autant au lien de causalité. Il s’agit, par exemple, de la baisse de la densité minérale osseuse, de l’ostéoporose, des troubles dépressifs, voire d’un risque maladie cardiovasculaire ou de décès prématuré, pour ne citer que quelques exemples. Une ménopause tardive exposerait, pour sa part, à un risque plus élevé de divers cancers gynécologiques (sein, ovaires et endomètre).

Les relations entre l’âge au moment de la ménopause et les risques évoqués ont fait l’objet de nombreuses recherches qui ont incriminé, sans certitude, des facteurs génétiques, comportementaux, environnementaux et sociodémographiques, sans omettre des mécanismes hormonaux potentiels. Dans la liste, pourrait figurer également le rôle du régime alimentaire qui a été exploré dans le cadre de deux grandes études de cohorte, dont les résultats se sont avérés discordants. Il y a donc place pour d’autres études et c’est là que s’inscrit la UK Women's Cohort Study, dont l’objectif a été de rechercher des associations entre la consommation de divers nutriments et l’âge au moment de la ménopause. L’hypothèse de départ est alimentée par les vertus préventives connues des régimes dits bons pour la santé qui privilégient, par exemple, les fruits et les légumes au détriment des nourritures supposées plus délétères à base de viande et de charcuterie.

Poissons, fruits et légumes retarderaient « l’échéance »

La cohorte se compose de femmes âgées de 40 à 65 ans chez lesquelles la ménopause est survenue naturellement entre l’état basal et le début du suivi. Cette dernière a été définie par la disparition des règles pendant au moins 12 mois consécutifs, en l’absence de maladie potentiellement causale. La fréquence de consommation des nutriments essentiels à l’état basal a été déterminée au moyen d’un questionnaire spécifique rempli par chaque participante. Les antécédents gynécologiques et obstétricaux ont été systématiquement pris en compte. Les associations entre l’âge au moment de la ménopause et les habitudes alimentaires ont été évaluées à l’aide d’analyses multivariées par régression avec ajustement selon les facteurs de confusion potentiels.
 
Au terme de quatre années de suivi, ont été dénombrés 914 ménopauses naturelles. Une consommation élevée de poissons gras a été associée à une ménopause plus tardive, avec un gain de 3,3 années par portion/jour (intervalle de confiance à 99 %, IC99, 0,8 à 5,8). Il en a été de même pour les apports de légumes frais, la valeur correspondante étant en effet de 0,9 années par portion/jour (IC99, 0,0 à 1,8), mais aussi la prise de vitamine B6 (+0,6 année par mg/jour) et de zinc (+0,3 année par mg/jour). C’est l’inverse qui a été constaté pour les pâtes raffinées et le riz, la ménopause étant avancée de 1,5 année par portion/jour (IC99, -2,8 à -0,2).

Une stratification en fonction de l’âge à l’état basal a quelque peu atténué l’amplitude de ces résultats.

Ainsi, cette étude de cohorte prospective britannique suggère que certains nutriments pourraient influer sur la précocité de la ménopause naturelle : les poissons gras et les légumes frais permettraient de repousser l’échéance, tout comme la vitamine B6 et le Zn, cependant que les pâtes raffinées et le riz auraient l’effet inverse. Cette étude est la première à aboutir à de tels résultats : autrement dit, compte tenu des limites méthodologiques – autoquestionnaires de fréquence alimentaire- et de la multiplicité des facteurs de confusion potentiels, leur réplication s’impose avant toute conclusion prématurée.

Dr Philippe Tellier

Référence
Dunneram Y et coll. Dietary intake and age at natural menopause: results from the UK Women's Cohort Study. J Epidemiol Community Health, 2018 ; publication avancée en ligne le 30 avril. doi: 10.1136/jech-2017-209887.

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Vos réactions (2)

  • Ménopause quand tu nous tiens !

    Le 10 mai 2018

    Merci pour cette mise au point sur les avantages nutritionnels pour retarder certes la ménopause mais tellement d’autres facteurs pronostics de morbi-mortalité cardiovasculaire ou carcinologique. Les omégas 3 des poissons gras sont biens connus et documentés, idem pour la vit B6 et le Zinc : ces recommandations devraient être généralisées à tous nos patients...

    Dr Yannick Mathieu

  • Prémices et conclusions

    Le 10 mai 2018

    a) Une première remarque : ne prend-t-on pas un critère sociologique : accès plus large au poisson, fruits et légumes, tèmoin d'un mode de vie différent de celui qui privilégie les pâtes alimentaires, ces deux facteurs produisant un biais d'analyse en sélectionnant deux groupes de femmes sociologiquement différents ?

    b) Un lointain souvenir des enseignements de gynéco m'avait fait retenir l'âge de 54 ans et quelques mois en "France et Europe de l'ouest", l'existence d'une dépendance génétique avec un gradient géographique inverse aux taux de vitamine D : l'existence d'un lien entre ménarche et ménopause plus précoces plus vers le sud de l'Eurasie et un décalage plus tardif vers le nord.

    Dr I.H.

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