Médecins généralistes : mais arrêtez donc de faire la sieste !

Pour prévenir toute levée immédiate de boucliers, précisons d’entrée que cet article est tiré d’une étude publiée par le British Medical Journal dans le cadre de sa série Christmas 2018. Cette rubrique laisse chaque année le champ libre à des travaux traités d’un ton un peu plus léger que ce qu’il est coutume de lire sur le BMJ. Ce qui n’enlève rien à la gravité du sujet traité.

Les médecins généralistes protestent souvent contre le surcroît de travail qui leur est régulièrement demandé. Ainsi, inciter les patients à adopter des comportements de prévention en utilisant la méthode de la décision partagée et non en délivrant des conseils de manière «verticale », est considérée comme chronophage. Cette méthode nécessite d’exposer au patient les différents choix possibles avec leurs avantages et leurs inconvénients, et de s’assurer qu’ils aient été bien compris. Cela, en effet, peut rapidement faire déborder le temps de la consultation.

Selon une équipe états-unienne, aucune étude n’a cependant jamais exploré cette affirmation selon laquelle les médecins généralistes sont soumis à des demandes de plus en plus chronophages, alors qu’ils disposent de moins en moins de temps pour le temps médical. Relève-t-elle d’une réalité objective ou les généralistes seraient-ils des humains comme les autres, portés à rechercher les actions demandant le moins d’énergie possible (autrement dit, seraient-ils des paresseux comme les autres…)? Etrangement, selon cette équipe, personne n’a jamais mesuré le temps libre dont disposent les médecins généralistes et qui pourrait être utilisé pour la pratique de la décision partagée en matière de prévention.

TJ Caverly et coll. ont donc décidé de se pencher sur les patientèles de 1 000 médecins généralistes. Ils ont choisi un panel représentatif en termes d’heures annuelles de travail et de volume de patientèle (2 000 patients). L’objectif principal était la mesure du temps nécessaire pour mettre en application la décision partagée dans la délivrance des soins de prévention les plus recommandés et de comparer ce résultat avec le temps disponible pour la prévention au cours des consultations.
L’enquête révèle que, en moyenne, les médecins généralistes disposent de 29 minutes chaque jour pour parler de prévention avec leurs patients (un peu plus de 2 minutes par consultation). Or appliquer la prise de décision partagée en prévention nécessiterait environ 6,1 heures par jour. Pour la totalité des médecins inclus, le déficit de temps est donc de 5,6 heures par jour.

Où il est question de l’extensibilité du temps…

Mais, que les « décideurs » se rassurent, rien n’est perdu car il existe en effet un réservoir considérable de temps non exploité dans lequel il devrait être possible de puiser.

C’est ainsi que, reconnaissant que le risque de burn-out est une réalité, les auteurs suggèrent, par exemple, que les médecins suppriment leur temps de détente et de réflexion (une demi-heure par jour) ou celui de la lecture pour leur propre intérêt (une demi-heure heure par jour), ou encore qu’ils réduisent leur temps de passage aux toilettes ou sacrifient la sieste du week-end, pour améliorer l’accès aux soins de leur patientèle.

Pour ceux qui liront cet article intégralement, sachez que cette étude a été réalisée par trois médecins en exercice, dont deux généralistes. Pour lever toute ambigüité, les auteurs précisent qu’ils ne considèrent pas du tout que les médecins généralistes soient paresseux ou consacrent trop de temps au sommeil. Leur objectif était de mettre la lumière sur le caractère irréalisable des demandes qui leur sont faites et sur l’absurdité d’ignorer certaines réalités, comme le fait que la journée du médecin généraliste ne fera jamais plus de 24 heures !

Dr Roseline Péluchon

Référence
Caverly T.J. et coll. : Much to do with nothing: microsimulation study on time management in primary care BMJ 2018 ; 363 : k4983. https://www.bmj.com/content/bmj/363/bmj.k4983.full.pdf

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Vos réactions (5)

  • Etude US amusante pour les GP locaux

    Le 02 janvier 2019

    En France, la consultation est à 25€ et aux US la consultation est facilement entre 200 et 300 dollars et ils ont donc le droit de faire une petite sieste comme Donald.

    Dr Samuel Henein

  • Décapant

    Le 03 janvier 2019

    Intéressante étude, et un humour tout britannique qui aboutit à un résultat décapant...

    Dr Astrid Wilk

  • Mal organisés...

    Le 03 janvier 2019

    C'est ce qui est souvent dit aux cadres de santé quand ils expliquent que tout ce qui leur est demandé ne peut pas entrer "théoriquement" dans leur temps de travail devenu pourtant déjà si extensible : "Des heures sup ? Comment ça des heures sup ? C'est parce que vous êtes mal organisé, supprimez les détails, voilà tout ! " .
    Quand on veut tuer son chien, on l'accuse de la rage...

    Charlaine Durand

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