Ne pas sous estimer le risque de dépendance au tramadol !

Malgré de très nombreuses mises en garde, les prescriptions d’opioïdes n’ont pas diminué récemment aux États-Unis. Certains praticiens ont pourtant réduit le nombre de leurs prescriptions et favorisé les prises en charges multimodales des douleurs ou les autres classes de médicaments. Mais pour beaucoup, le tramadol reste considéré comme ayant un profil bénéfice-risque favorable, plus sûr que les autres opioïdes à action rapide et moins addictif. Il s’agit de l’opioïde le plus souvent prescrit aux États-Unis, notamment en chirurgie, pour le traitement de la douleur postopératoire.

De nombreux travaux ont été consacrés à la sécurité d’emploi à long terme des opioïdes et aux risques d’une utilisation prolongée. La presse et les medias télévisuels s’en font l’écho régulièrement, le sujet étant devenu aux États-Unis un réel problème de santé publique.

Le British Medical Journal publie une nouvelle étude observationnelle, réalisée aux États-Unis et menée de janvier 2009 à juin 2018. L’objectif était de déterminer le risque d’usage prolongé d’opioïdes pour des patients recevant du tramadol seul à leur sortie d’hospitalisation, en comparaison avec les autres opioïdes à courte durée d’action. Trois types d’utilisation prolongée étaient définis : l’utilisation additionnelle (au moins 1 réapprovisionnement 90 à 180 jours après la chirurgie), l’utilisation persistante (toute utilisation commençant dans les 190 jours après la chirurgie et durant au moins 90 jours) et enfin la définition selon les normes CONSORT (un épisode d’utilisation des opioïdes commençant dans les 180 jours après la chirurgie et durant au moins 90 jours et comprenant au moins 10 renouvellements ou une réserve pour 120 jours).

Même risque qu’avec les autres opioïdes à courte durée d’action

Près de 445 000 patients ont été inclus. L’opioïde le plus souvent prescrit après une intervention chirurgicale est l’hydrocodone (53 % de ceux prenant un seul opioïde), suivi par l’oxycodone à action rapide (37,5 %), puis le tramadol à courte durée (4 %). Le risque d’utilisation prolongée est de 7,1 % pour l’usage additionnel, de 1,0 % pour l’usage persistant et 0,5 % selon la définition CONSORT. La prescription de tramadol seul est associée à une augmentation de 6 % du risque d’usage additionnel par rapport aux personnes recevant d’autres opioïdes à courte durée d’action, à une augmentation de 47 % du risque d’usage persistant et 41 % du risque selon les normes CONSORT.

Les auteurs recommandent que le tramadol soit reclassifié comme exposant au même risque de dépendance que les autres opioïdes à courte durée d’action. Ils mettent en garde les prescripteurs contre une sous-estimation de ce risque.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Thiels C A et coll. : Chronic use of tramadol after acute pain episode: cohortstudy BMJ 2019;365:l1849

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Vos réactions (2)

  • Non !

    Le 21 mai 2019

    Si on commence avec le tramadol, on ne s'arrêtera plus.

    Dr François Chassaing

  • Le retrait du dextropropoxyphène était une erreur

    Le 22 mai 2019

    De nombreux pharmacovigilants avaient insisté sur ce risque de dépendance lorsque le Di Antalvic a été retiré du marché. Il semble donc se confirmer qu'ils avaient raison et que le retrait du dextropropoxyphène était une erreur.

    Dr A. Sainte- Croix

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