Perdre du poids grâce aux triptans ?

À en croire une étude américaine publiée tout récemment, les triptans pourraient bien être un traitement efficace contre l’obésité. Des expériences réalisées chez des souris obèses ont en effet démontré qu’une dose quotidienne de triptans s’accompagnait d’une réduction des apports alimentaires et d’une perte de poids sur une période d’un mois – un constat qui pourrait bien avoir toute son importance pour le développement de nouveaux traitements contre l’excédent pondéral !

Chen Liu, premier auteur de ces travaux, est en tout cas optimiste, soulignant que ces médicaments à la sécurité établie représentent à tout le moins une nouvelle piste thérapeutique à explorer… ce qui, dans un contexte où le taux d'obésité s'élève à environ 41 % dans la population américaine, est toujours une bonne nouvelle.

L'étude qui nous occupe s'est intéressée plus particulièrement à la sérotonine, dont on savait déjà qu'elle joue un rôle dans la régulation de l'appétit. Jusqu'ici, les scientifiques n'étaient toutefois pas encore parvenus à établir lequel ou lesquels de ses quinze récepteurs interviennent dans cette fonction. Certains médicaments agissant sur des récepteurs bien spécifiques de la sérotonine, dont le récepteur 2C, ont dû être retirés du marché pour cause d'effets secondaires. Les triptans, eux, agissent sur le récepteur 1B, jusqu'ici assez peu étudié.


Le récepteur 1B de la sérotonine, une cible prometteuse



Cette nouvelle étude vient changer la donne. Durant sept semaines, les chercheurs ont soumis des souris à un régime riche en graisses pour provoquer une obésité. Ils leur ont ensuite administré six triptans différents. Deux produits ne semblaient pas vraiment influer sur l'appétit, mais les quatre autres ont clairement provoqué une baisse de la consommation alimentaire. Après 24 jours, les souris sous frovatriptan avaient ainsi perdu en moyenne 3,6 % de leur poids corporel, tandis que cette valeur avait encore augmenté de 5,1 % chez celles qui ne recevaient pas de triptans.

Les auteurs qualifient les résultats obtenus avec cette molécule de « spectaculaires », d'autant qu'ils se doublent d'une amélioration du métabolisme du glucose. Le fait que l'effet n'ait jamais vraiment été remarqué chez les patients migraineux s'explique vraisemblablement par le fait que les triptans sont souvent pris de façon sporadique pour une brève période, au moment où les crises se manifestent. Pour savoir si le produit agit spécifiquement sur le récepteur 1B de la sérotonine, les chercheurs ont utilisé des modèles de souris privés soit de ce récepteur 1B, soit du récepteur 2C… ce qui leur a permis de conclure que le frovatriptan n'abaisse ni l'appétit ni le poids en l'absence du récepteur 1B.

Il ne s'agit bien sûr encore que de résultats obtenus chez des souris, mais qui n'en sont pas moins extrêmement intéressants pour les scientifiques qui planchent sur le développement de nouveaux traitements contre le surpoids et l'obésité (et donc, indirectement, contre les complications qui en découlent), puisqu'ils confirment le potentiel du récepteur 1B de la sérotonine en tant que cible thérapeutique.

Cet article a d'abord été publié sur MediQuality le 15/07/2022

David Desmet

Référence
Li L, Wyler SC, León-Mercado LA, et coll. : Delineating a serotonin 1B receptor circuit for appetite suppression in mice. J Exp Med. 2022 Aug 1;219(8):e20212307. doi: 10.1084/jem.20212307.

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Vos réactions (1)

  • La prévention est le seul traitement possible

    Le 03 décembre 2022

    Un patient avait mal à sa main, mais il lui donnait un coup de marteau, dessus tous les jours ; et ce patient était en quête d'un médicament qui calme sa douleur, en se plaignant.
    Face à l obésité, nous ne cherchons que des traitements symptomatiques oubliant seulement qu'il y a 60 ans, il n y avait pas d'épidémie d'obésité comme actuellement. Il est vrai que traiter la cause, coûterait beaucoup alors que traiter le symptôme, en rapporte à certains... Les aliments transformés montrent leurs vertus délétères tous les jours, un peu plus, par exemple. Il est très difficile de trouver des aliments préparés par l'industrie, qui ne soient pas pollués par ces ingrédients ou additifs multiples. L'art culinaire n'a aucunement besoin de ces additifs ou traitement physicochimique industriels comme l'extrusion. C est tout notre comportement sociétal qui est en cause, et nous le savons parfaitement. Que des médicaments efficaces dans les migraines ou dans le diabète, puissent servir in fine, une perte de poids, ne changera aucunement la prise de poids initiale. Et cela aussi, c'est connu, le seul traitement de l'obésité est la prévention.

    Dr C Trape

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