Régime anti-inflammatoire, demandez le menu !

L’inflammation chronique infraclinique et le stress oxydatif sont associés à une augmentation du risque cardiovasculaire, du cancer, du diabète de type 2, et aussi à une augmentation de la mortalité. Des facteurs nutritionnels peuvent avoir une influence sur cette inflammation. Mais cette influence pourrait être modifiée par le tabagisme, le tabac étant un activateur puissant de l’inflammation et du stress oxydatif.

Une grande étude prospective a été menée en Suède de 1998 à 2014, à partir de deux cohortes d’hommes et de femmes, afin d’étudier l’influence du potentiel inflammatoire de l’alimentation sur la mortalité globale, la mortalité cardiovasculaire et la mortalité liée au cancer.

Les différences de durée de survie, selon le potentiel anti-inflammatoire de l’alimentation, ont été évaluées dans les deux sexes et en fonction du statut tabagique.

Les deux cohortes étaient constituées de 35 136 hommes nés entre 1918 et 1952 et de 32 524 femmes nées entre 1914 et 1948, après l’exclusion des personnes qui avaient déjà développé un cancer, un diabète ou une pathologie cardiovasculaire.

Des questionnaires identiques, à l’exception de quelques questions spécifiques à chaque sexe, ont été adressés à chacune des cohortes.

Quatre-vingt-seize questions concernant les aliments consommés, la fréquence de leur consommation et les quantités ingérées ont permis d’évaluer le nombre de calories apportées.

Pour étudier le potentiel anti-inflammatoire de l’alimentation, l’indice AIDI (anti-inflammatory diet index) a été développé et testé. Il a été établi à partir de 16 aliments ou groupe d’aliments :

-11 aliments à potentiel anti-inflammatoire : les fruits et légumes, le thé, le café, le pain complet, les céréales, le fromage allégé, les huiles d’olive et de colza, les noix, le chocolat, le vin rouge et la bière (avec modération)- 5 aliments à potentiel pro-inflammatoire : la viande rouge transformée industriellement, la viande rouge non transformée, les abats, les frites, les sodas.

Un score a été établi tenant compte de la fréquence de consommation spécifique à chaque aliment de l’indice.

Le questionnaire a aussi précisé un certain nombre de covariables : le niveau d’études, le tabagisme, le poids, la taille, l’activité physique, la prise de compléments alimentaires, et la prise de certains médicaments, dont les corticostéroïdes.

Les dates des décès et leur cause, pathologie cardiovasculaire ou cancer, ont été obtenues par les registres nationaux.

Baisse de la mortalité même chez les fumeurs

L’indice anti-inflammatoire de l’alimentation, AIDI médian, était de 5 (0-12) chez les hommes et de 6 (0-13) chez les femmes. Les personnes qui avaient les AIDI les plus hauts avaient un niveau d’étude plus élevé, consommaient plus d’huile d’olive ou de colza, avaient une activité physique plus importante, et étaient moins souvent fumeurs.

Durant ces 16 années de suivi, 8 832 hommes et 7 256 femmes sont décédés ; pour 3 268 hommes et 2 712 femmes la mort était liée à une pathologie cardiovasculaire et pour 3 000 hommes et 2 252 femmes à un cancer.

Une association statistiquement significative a été observée entre l’indice AIDI et la mortalité globale, la mortalité d’origine cardiovasculaire et la mortalité due au cancer.

Les participants qui avaient les AIDI les plus élevés comparés à ceux qui avaient les AIDI les plus bas avaient un risque de décès diminué de 18 % (intervalle de confiance à 95 % [IC] : 14-22 %) quelle que soit la cause du décès, 20 % (IC : 14-26 %) pour les décès d’origine cardio-vasculaire, et 13 % (IC : 5-20%) pour les décès dû à un cancer.
Il n’a pas été montré de différences notables entre les hommes et les femmes, mais la diminution du risque de mortalité par cancer n’était pas significative dans la cohorte des femmes.

Les fumeurs qui avaient les AIDI les plus élevés, comparés à ceux qui avaient les AIDI les plus bas, avaient  une diminution du risque de décès encore plus importante de 31 % pour la mortalité globale, 36 % pour la mortalité cardiovasculaire et 22 % pour la mortalité due au cancer. Mais la comparaison, parmi les personnes avec les AIDI les plus importants, des fumeurs et des non fumeurs, montrait un risque de mortalité chez les fumeurs 1,4 fois plus élevé (1,1 fois plus élevé chez les anciens fumeurs)…

Une alimentation à faible potentiel inflammatoire semble diminuer les risques de mortalité, même en cas de tabagisme. Il reste néanmoins primordial d’arrêter de fumer… et de bien choisir son menu.

Dr Catherine Vicariot

Référence
Kaluza J et coll. : Influence of anti-inflammatory diet and smoking on mortality and survival in men and women : two prospective cohort studies. J Intern Med., 2018 ; publication avancée en ligne le 12 septembre. doi: 10.1111/joim.12823.

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Vos réactions (4)

  • La nature de l'alimentation est primordiale

    Le 08 octobre 2018

    Comme disait notre Illusre Hippocrate :" nous sommes ce que nous mangeons".
    Cette étude vient conforter une opinion que je me suis forgé après de nombreuse lectures !
    Ce qui est plus étonnant c'est que le rôle anti inflammatoire de l'alimentation protègerait même jusqu'aux méfaits du tabac !

    Dr Nicolas Bojic

  • Ne pas nous faire avaler n'importe quoi

    Le 15 octobre 2018

    Cette étude est très critiquable, comme toutes celles reposant essentiellement sur des interrogatoires, même avec 96 questions...Les biais (appréciation personnelles...) sont trop énormes...Il ne faut pas nous faire avaler n'importe quoi...c'est le cas de le dire...!

    Dr Gilbert Guerrier

  • Oui c'est vrai

    Le 21 octobre 2018

    Pourquoi n'a t-on pas livré aux 65.000 sujets quotidiennement des repas calibrés pour éliminer le biais de l'interrogatoire?
    C'est criticable mais on n'a pas suivi 35 mille et 32 mille souris.

    Dr DMP

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