Antibiotiques : des tendances encourageantes grâce à une vigilance constante

Paris, le lundi 18 novembre 2019 – La lutte contre la résistance aux antibiotiques peut être appréhendée comme un résumé de certaines aspirations contradictoires de la vie contemporaine. Elle est en effet en partie la conséquence d’une certaine tendance à la surmédicalisation (voire à la surconsommation de soins) attisée par l’utopie de devoir tout contrôler et elle nous renvoie à la nécessité de protéger nos avancées technologiques et nos progrès si nous voulons pouvoir en profiter librement le plus longtemps possible. Elle n’échappe pas par ailleurs en partie à un certain catastrophisme, mais elle témoigne également de la possible efficacité de certaines actions quand elles sont bien ciblées.

Stabilité ou baisse de 15 % selon l’indicateur privilégié

Dans le domaine de la veille sanitaire, la lutte contre la surprescription des antibiotiques est également un domaine qui permet de mesurer la diversité des indicateurs et la façon dont ces derniers peuvent influencer notre perception. Telle est une des conclusions que l’on peut tirer des résultats aujourd’hui présentés par Santé publique France alors que débute la semaine internationale de lutte contre la résistance aux antibiotiques (dont le point d’orgue est le 20 novembre la journée mondiale de défense des antibiotiques). Ainsi, il apparaît que la consommation globale des antibiotiques en ville exprimée en dose définie journalière (DDJ) s’est stabilisé « après une hausse entre 2004 et 2016 : 22,7 DDJ pour 1 000 habitants et par jour en 2009 vs 22,5 en 2018 ». Mais si l’on se réfère au nombre de prescriptions, un nouvel outil de mesure développé par Santé publique France (SPF), « plus simple » et qui « permet d’avoir une vision plus directe des pratiques médicales », on constate une « baisse de 15 % passant de 2,81 à 2,38 pour 1 000 habitants et par jour de 2009 à 2019 ». De fait, on observe une évolution des habitudes des médecins. Ces changements concernent non seulement la fréquence des prescriptions mais aussi les types d’antibiotiques utilisés « avec une augmentation de la consommation des bêta-lactamines (…) et une diminution de la consommation de fluoroquinolones ». Autre élément encourageant et ce quel que soit l’indicateur, la diminution de la consommation a été marquée chez les enfants de moins de 5 ans et de 5 à 14 ans. A contrario, on constate une progression après 65 ans.

Chez l’animal : difficile d’aller plus bas ?

Les résultats signalent également des disparités assez marquées en fonction des régions (même si la baisse est généralisée) : si trois sont en dessous de la moyenne nationale (Pays de la Loire, Auvergne-Rhône-Alpes et Bretagne), deux présentent des consommations plus élevées (PACA et Hauts de France). Ces écarts s’expliquent par l’état de santé de la population, des facteurs démographiques mais également des habitudes de prescription différente. Parallèlement au suivi des tendances de prescription chez l’homme, la surveillance se concentre également activement depuis plusieurs années sur la situation chez l’animal. Dans ce domaine également, les résultats sont également encourageants. Ainsi, les données signalent une baisse des ventes de 5,5 % en 2018, qui atteignent désormais le niveau le plus faible depuis 1999. Cependant, la diminution de l’exposition des animaux pourrait avoir atteint sa limite pour certaines familles d’antibiotiques, signale Santé Publique France qui invite à la vigilance en la matière.

Difficile de faire de la résistance

Ces évolutions ont un impact direct sur la fréquence des bactéries résistantes. Ainsi, chez l’homme, on note une baisse de la résistance de la bactérie E.coli aux céphalosporines de troisième génération en ville comme dans les établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHPAD) alors que la hausse avait été continue entre 2012 et 2015. Concernant la résistance aux fluoroquinolones, elle apparaît stable en ville et en baisse dans les EHPAD. Chez l’animal, les résultats seraient même plus spectaculaires avec une régression des résistances aux antibiotiques des bactéries d’origine animale. Santé publique France donne plusieurs exemples : situation maîtrisée sur les dix dernières années concernant la colistine ou encore forte réduction de la prévalence des bactéries E.coli porteuses de bêtalactamase à spectre élargi dans la viande de poulet.

Si ces résultats sont le fruit d’une mobilisation constante qui se caractérise à la fois par des opérations globales (telles les célèbres campagnes médiatiques de l’Assurance maladie) et plus locales (interventions auprès des vétérinaires, programmes d’aide à la prescription…), la vigilance demeure nécessaire et les champs d’investigations sont encore nombreux. Les autorités publiques souhaitent notamment davantage se concentrer sur le lien hypothétique entre conditions environnementales et développement de résistance.

Aurélie Haroche

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