E-cigarette : Donald Trump pourrait renoncer à l’interdiction des liquides aromatisés

Washington, le mardi 19 novembre 2019 – Alors qu’étaient recensés aux États-Unis les premiers décès de jeunes utilisateurs de cigarette électronique, victimes d’atteintes pulmonaires sévères probablement liées au vapotage (le bilan fait désormais état de 42 morts et de 2 172 cas probables ou confirmés), le président des États-Unis, Donald Trump annonçait le 11 septembre sa volonté d’interdire les recharges d’e-cigarette aromatisées. Immédiatement après, son secrétaire d’État à la santé, Alex Azar avait confirmé que cette mesure concernerait tous les arômes (autres que la nicotine).

Sauvé par la vitamine E ?

Cependant, aujourd’hui, Donald Trump pourrait renoncer à cette mesure pour une politique moins agressive vis-à-vis du vapotage, telle une généralisation de l’interdiction d’acheter des cigarettes électroniques avant 21 ans. Selon deux journaux américains qui évoquent l’affaire, le Président des États-Unis aurait choisi de revoir sa position début novembre, alors que certaines projections estiment que cette interdiction pourrait lui coûter des voix cruciales dans certains états très disputés lors de l’élection de novembre 2020. La conjonction de l’identification d’une piste suggérant la responsabilité de la vitamine E, substance non contrôlée présente dans des produits trafiqués vendus au marché noir (ce qui disculpe les marques officielles) et la colère exprimée par certains vendeurs ou fabricants d’e-cigarette auraient contribué à faire évoluer la position de Donald Trump.

Satisfecit des fabricants et de spécialistes de la santé publique

Très vite, bien que le revirement du président ne soit pas officiel, les proches de l’industrie de la vape ont exprimé leur satisfaction. « Nous saluons le président pour ce qui semble être une bonne décision pour les fumeurs adultes et leurs familles » a ainsi déclaré le directeur de la Vapor Technology Association, Tony Abboud. Certains responsables de santé publique pourraient également être satisfaits d’une rupture avec la politique de sévérité affichée, sévérité dont ils redoutaient de plus en plus les conséquences sur la réduction du tabagisme aux États-Unis à laquelle la cigarette électronique a en partie contribué.

Épidémie touchant la jeunesse américaine

Cependant, le calcul politique de Donald Trump est loin d’être garanti. En effet, alors que de nombreux états ont choisi de limiter ou d’interdire les cigarettes aromatisées et alors que les industriels ont eux-mêmes pris des mesures restrictives (tel Apple qui hier a décidé de supprimer toutes les applications dédiées au vapotage), beaucoup de familles s’inquiètent des risques directs ou indirects des cigarettes aromatisées aux États-Unis. Les parfums pourraient en effet être davantage plébiscités par les jeunes que par des sujets recourant à la e-cigarette pour se sevrer du tabac. Ainsi, le vapotage connaît un grand succès chez les adolescents outre-Atlantique, grâce notamment aux parfums sucrés. On estime aujourd’hui qu’un quart des lycéens américains vapote régulièrement contre un sur cinq en 2017-2018. Séduisants, les arômes sucrés sembleraient également avoir un potentiel "addictif". Ainsi, des travaux publiés dans la revue Pediatrics en novembre par l’équipe du professeur Adam M. Leventhal qui ont consisté à suivre 478 adolescents vapoteurs de Los Angeles pendant deux ans suggèrent que ceux qui utilisent des arômes sucrés par rapport à des parfums plus traditionnels seraient plus susceptibles de continuer à vapoter que les autres.

Ces résultats sont préoccupants si l’on veut éviter l’exposition de ces jeunes gens aux substances potentiellement toxiques présentes dans les cigarettes électroniques. Par ailleurs, le fait que d’autres travaux aient suggéré une transition des arômes fruités ou sucrés vers la nicotine conforte l’inquiétude suscitée par ces résultats. En tout état de cause, des chiffres issus de l’étude Monitoring the Future conduite par l’Université du Michigan depuis 1975 auprès d’enfants et d’adolescents âgés de 13 à 18 ans révélait au début de l’année une forte progression de la consommation de nicotine sous forme de vapotage au sein de la jeunesse américaine.

Enjeu de santé publique

Ces différentes données confirment que la prévention du vapotage chez les adolescents, quand il n’est pas lié à un sevrage tabagique, constitue probablement un enjeu de santé publique aux États-Unis, dont le président apparaît avoir une conscience moins aiguë que de son avenir politique. Le fait que certaines entreprises de cigarettes électroniques sont visées pour leurs opérations marketing agressives (et interdites) visant les jeunes est une démonstration parmi d’autres de l’importance de l’enjeu.

Aurélie Haroche

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