Fin de la gratuité des tests : plus complexe qu’il n’y parait

Paris, le vendredi 24 septembre 2021 – À compter du 15 octobre, les tests PCR et antigéniques dits « de confort » ne seront plus remboursés.

Emmanuel Macron l’avait annoncé le 12 juillet dernier, Jean Castex l’a confirmé le 8 septembre : le 15 octobre prochain marquera la fin de la gratuité des tests de recherche de SARS-CoV-2 non prescrits en France. À compter de cette date, les personnes qui souhaiteront se faire dépister sans bourse déliée devront préalablement obtenir une ordonnance auprès de leur médecin. Les tests pratiqués en milieu scolaire resteront également gratuits. Pour les autres, il faudra payer un prix encore indéterminé. A priori, les Français devront payer le même prix que les étrangers qui se font tester en France, dont les tests ne sont plus pris en charge depuis le 7 juillet dernier : 49 euros pour un test PCR, 29 euros pour un test antigénique.

La France est le seul pays d’Europe avec le Danemark à ne pas faire payer les personnes qui souhaitent se faire dépister. En mettant fin au remboursement systématique de tous les tests, le gouvernement souhaite atteindre deux objectifs.

En premier lieu, il s’agit d’inciter encore plus à la vaccination. En effet, depuis la mise en place du passe sanitaire, nombreuses sont les personnes à se faire tester régulièrement pour pouvoir continuer d’aller au restaurant ou au cinéma sans passer par la vaccination. Avec la fin de la gratuité des tests non prescrits, cette stratégie risque de devenir trop couteuse, poussant ainsi les récalcitrants à se faire vacciner.

La fin du « quoi qu’il en coute »

Le second objectif est bien entendu financier. Après 18 mois de dépense massive, le « quoi qu’il en coute » touche à sa fin. Le remboursement des tests devrait couter plus de 5 milliards d’euros à l’Assurance maladie en 2021. La fin de la gratuité va permettre d’éviter de creuser encore plus le déficit de la Sécurité sociale qui s’élevait à près de 39 milliards d’euros en 2020. Parallèlement, les laboratoires de biologie médicale risquent de connaitre une baisse de leur chiffre d’affaires. L’épidémie leur a permis d’atteindre des chiffres d’affaires record et d’amortir très rapidement les importants investissements réalisés au printemps 2020 pour se lancer dans une stratégie de dépistage massif.

Si ces deux objectifs sont compréhensibles, la fin de la gratuité des tests inquiète certains spécialistes. La baisse du nombre de tests qu’elle devrait provoquer risque d’abord de mettre à mal la stratégie du « tester, tracer et isoler », qui est déjà en perte de vitesse. En effet, depuis plusieurs semaines, les services de l’Assurance maladie chargés de retrouver les cas contacts des personnes contaminées alertent sur leur difficulté grandissante. En raison notamment du manque d’adhésion des personnes contaminées, l’identification des cas contacts est de plus en plus difficile.

Faut-il rembourser les tests « altruistes » ?

Pour Antoine Flahault, professeur d’épidémiologie à l’université de Genève, il serait souhaitable de distinguer les tests réellement de confort avec les tests « altruistes », qu’il faudrait continuer à rembourser. Une personne qui se fait tester avant de voir des proches ou de participer à une réunion pour ne pas contaminer les autres, participe à la lutte contre l’épidémie et ne devrait donc pas être « pénalisée » selon l’épidémiologiste. Selon lui, « il faut décorréler test Covid et obtention d’un passe sanitaire » et il imagine un système (complexe) où un sujet n’obtiendrait de QR code que si il accepte de payer lui-même son test. On subodore les conflits que ne manqueraient pas de susciter une telle politique dans les laboratoires et les pharmacies !

La fin de la gratuité systématique des tests risque également de poser des problèmes logistiques dans les cabinets médicaux. Les médecins généralistes risquent en effet d’être assaillis par des demandes d’ordonnance pour se faire tester. Le problème étant que si une personne doit attendre six jours à compter de l’apparition des symptômes pour obtenir une ordonnance, elle risque de se faire dépister bien trop tard pour que le test ait une quelconque utilité médicale.

Si la fin de la gratuité des tests semble donc logique en théorie et inéluctable, il faut donc se préparer aux difficultés pratiques qu’elle va entraîner et être conscient du fait qu’elle va faire perdre de la visibilité sur l’évolution de l’épidémie. Pour le Pr Flahault, le gouvernement doit se tenir prêt à revenir sur sa position si la situation épidémique venait de nouveau à s’aggraver.

Quentin Haroche

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