Des psychiatres réformateurs lancent le « printemps de la psychiatrie »

Paris, le jeudi 21 mars 2019 - Deux mois après la publication d’un manifeste pour un « printemps de la psychiatrie », plusieurs associations de médecins et d’infirmiers appellent à manifester ce 21 mars pour un « renouveau des soins psychiatriques ».

La colère ne s’affaiblit pas dans le monde la psychiatrie. Les hôpitaux psychiatriques ont connu ces derniers mois de nombreux mouvements sociaux, dont notamment une grève de sept mois à l’hôpital d’Amiens mené par le collectif Pinel en Lutte ou encore une grève de la faim du personnel soignant de l’hôpital du Rouvray. Tous dénoncent le manque cruel de moyens et la détérioration des conditions de travail. Les annonces récentes d’augmentation des dotations budgétaires et d’ « initiatives d’ampleur » faites par le ministère de la Santé ne semblent pas avoir apaisé les esprits. Pour preuve, ce 21 mars, plusieurs associations de médecins et infirmiers en psychiatrie appellent à manifester pour un « printemps de la psychiatrie ».

Distributeur de psychotropes

Cette nouvelle action a pour but de faire mieux connaitre un manifeste rédigé pour « un printemps de la psychiatrie » à l’occasion de la journée nationale de la psychiatrie le 22 janvier dernier. Ce manifeste, qui appelle à « un renouveau des soins psychiatriques », rappelle certes les besoins financiers urgents mais critique surtout la déshumanisation de la discipline, que ce soit dans les relations médecin-malade ou entre les professionnels. Les auteurs s’inquiètent notamment du tournant trop scientifique de la psychiatrie : sous l’influence des neurosciences, le patient serait réduit à un « dérèglement cérébral » et le médecin à un « distributeur de psychotropes ».

Les initiateurs du manifeste déplorent également le recours de plus en plus fréquent à la contention et à l’isolement, au mépris des droits fondamentaux des patients. Ils craignent que l’on aboutisse à une psychiatrie carcérale. Ces dérives sont notamment exposées dans La folie à l’abandon, un documentaire du psychanalyste Gérard Miller diffusé ce mercredi soir sur France 2. Les psychiatres réformateurs au cœur du « printemps de la psychiatrie » préconisent une psychiatrie plus écologique (!), libérée de l’influence jugée néfaste de l’industrie pharmaceutique, plus raisonnée et en même temps, ce qui est paradoxal, plus axée sur des méthodes moins purement scientifiques, telle que la psychanalyse.

Des discordances

Ce « printemps de la psychiatrie » ne fait pas l’unanimité (mais aucun mouvement en psychiatrie ne l’a jamais fait !). Dans une tribune publiée sur le site Mediapart, André Bitton, président du Cercle de réflexion et de proposition d’actions sur la psychiatrie (CRPA), appelle les psychiatres à ne pas participer à cette manifestation. Il dénonce l’infantilisation des malades mentaux des auteurs du manifeste, qui, selon lui, voient les personnes atteintes de troubles mentaux comme « une sous humanité ». Au-delà, on pourrait regretter que ce mouvement ait choisi de considérer que la dénonciation légitime de la déshumanisation des soins doive se faire au détriment d’une approche scientifique.

Quentin Haroche

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Vos réactions (1)

  • Mauvais bout de la lorgnette

    Le 21 mars 2019

    Je vous revoie l'argument, Mr Haroche : au-delà… on pourrait regretter dans votre article que la sauvegarde de l'approche scientifique doive se faire au détriment de la dénonciation légitime de la déshumanisation des soins.

    Rappelons que la science et la psychiatrie qui s'en réclame ne disposent d'aucune théorie validée du psychisme, ni de la personnalité, ni de la relation entre des anomalies biochimiques et des désordres mentaux. Le psychiatre dispose seulement de corrélations.

    En ce sens la science appliquée à la psychiatrie est une réduction dramatique de ce qu'il y a à dire sur la personne. Il n'est pas justifié ainsi de vouloir conserver l'approche scientifique actuelle comme une frontière pour le discours de la psychiatrie.

    Et ce, sans aucun parti-pris : je suis rhumatologue.

    Dr Jean-Pierre Legros

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