Et si les urgentistes faisaient aussi grève entre Noël et le jour de l’An ?

Paris, le mercredi 26 novembre 2014 – Les annonces du ministre de la Santé ces derniers mois et notamment la promesse de la création d’un nouveau métier de gestionnaire des lits d’aval n’y ont rien changé : les urgences continuent à souffrir partout en France. Nous évoquions ainsi dans ces colonnes la semaine dernière la situation explosive au CHU de Limoges où le chef de service a démissionné il y a un mois de ses fonctions administratives pour dénoncer une dégradation constante des conditions de travail. Limoges est loin d’être une situation isolée. Partout en France, des services d’urgences semblent comme au bord de l’explosion. C’est notamment le cas à Carcassonne où depuis le 19 novembre, les urgentistes se sont déclarés en grève. L’ouverture d’un hôpital flambant neuf a entraîné un afflux de patients, dont le nombre a augmenté de 25 % par rapport à l’année dernière comme le relève le Quotidien du médecin. Pour autant, le nombre de médecins lui n’a pas progressé et un poste vient même d’être supprimé. Des tensions s’observent également au centre hospitalier de Belfort- Montbéliard. Là encore, pénurie d’effectifs, difficultés de communication avec la direction et épuisement des professionnels font le lit d’une situation très difficile.

Quand les urgentistes redoutent d’être les dommages collatéraux de la grève des médecins libéraux

Au-delà de ces phénomènes locaux, les services d’urgence se montrent partout inquiets de la grève annoncée des médecins libéraux entre Noël et le jour de l’an. Les unités estiment qu’il leur sera difficile de faire face à l’augmentation inévitable du nombre de patients en cette période déjà chargée (en raison des pathologies hivernales et de la fermeture habituelle d’un grand nombre de cabinets) et au cours de laquelle les effectifs hospitaliers sont également souvent réduits. A Toulon, le chef des urgences s’est déjà ouvert de ses inquiétudes au préfet afin de le presser de trouver des solutions extra-hospitalières. « On n’a pas les moyens de proposer plus, ni en médecins, ni en lits » affirme Vincent Carret, cité par le Quotidien du médecin. Cette intervention du responsable des urgences de Toulon témoigne d’une préoccupation partagée et attisée par l’attitude des Agences régionales de santé depuis plusieurs semaines : on redoute qu’en vue de la grève des médecins libéraux, les réquisitions s’abattent sur les services des urgences. Une solution que juge inacceptable l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF). « Il n’est pas question que l’on demande à des hospitaliers de ne pas prendre de congés en fin d’année pour suppléer les carences des libéraux. Si les préfets ont des problèmes, qu’ils réquisitionnent. Il n’est pas exclu qu’on se mette en grève au même moment, pour faire entendre nos revendications » a prévenu le Dr Christophe Prudhomme, porte-parole de l’AMUF toujours dans le Quotidien du médecin.

Conflit larvé entre urgentistes et libéraux

Le docteur Patrick Pelloux, patron de l’AMUF a exprimé la même colère à l’occasion d’une visite en fin de semaine dernière à l’hôpital de Montbéliard. Evoquant les « injonctions des agences régionales de santé pour obtenir des médecins urgentistes qu’ils renoncent à des congés de fin d’année programmés depuis avril dernier », l’urgentiste du Samu de Paris est monté au front : « les médecins urgentistes n’ont pas à faire les frais du mot d’ordre de grève lancé récemment par trois organisations de médecins libéraux, qui demandent aux généralistes de fermer leurs cabinets entre Noël et Nouvel An » a-t-il déclaré devant les journalistes de l’Est Républicain, menaçant lui aussi d’un appel à la grève. Cette dernière pourrait ne pas être uniquement perçue comme une rébellion contre les pouvoirs publics mais également comme une nouvelle manifestation de la guerre larvée entre la ville et l’hôpital. Certes, les urgentistes s’affirment exaspérés par le mépris des pouvoirs publics et dénoncent « l’absence de dialogue à tous les niveaux ». Mais leurs revendications sont également très éloignées de celles des médecins libéraux, puisqu’ils n’hésitent pas à clamer qu’ils sont favorables à la généralisation du tiers payant et prônent la suppression du secteur II à l’hôpital, une mesure qui pourrait pourtant se révéler contre-productive à l’heure où tous, l’AMUF comprise, estime urgent de renforcer l’attractivité de l’hôpital public.

Le gouvernement profitera-t-il de ces combats confraternels ?

Il reste donc un peu moins d’un mois aux pouvoirs publics pour désamorcer une crise qui pourrait se révéler particulièrement dommageable pour la sécurité des Français à l’occasion des fêtes de fin d’année.

Reste à savoir si Marisol Touraine se montrera assez habile pour satisfaire l’ensemble des revendications exprimées et si elle se refusera à attendre que les conflits intra-professionnels dépassent la contestation contre son projet.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Diviser pour mieux régner

    Le 26 novembre 2014

    Marisol Touraine est une ministre qui restera dans les annales de la santé. Loin d’être une ministre qui répond aux préoccupations des professionnels au contraire, elle qui manie l'art de créer des conflits qui servent ses intérêts et fasse flamber les rivalités déjà bien anciennes, il ne lui a pas suffit, semble t-il, de jeter l'opprobre sur les médecins et de couronner les pharmaciens, rois du générique et bientôt des vaccins, tout ça pour faire baisser de 0.01% les dépenses de santé qui au contraire vont continuer de flamber. La voila désormais en train de mettre de l'huile sur le feu entre le libéral et l’hôpital, tout ça pour faire oublier un projet de santé qui fera des médecins des pigeons au service de l'ARS, sans marge de manœuvre, obligés de suivre un guide "de la bonne pratique" privant les patients de la possibilité de choisir leur praticien, et privant les praticiens de leurs honoraires sous couvert de l’accès au soins pour tous...
    Vraiment retord comme plan.
    Le changement c'est maintenant.
    Un etudiant

  • Un "beau " métier ne suppose pas qu'on y perde son âme

    Le 27 novembre 2014

    Et si ce temps de grève commun était une occasion de réfléchir au prix (investissement psychologique autant que financier) que l'"usager" accorde à la consultation médicale ?
    Différencier :
    - les consultations qui se prévoient, où l'on parle du fond et que l'on prépare pour qu'elles soient efficaces (carnet de santé, questions écrites, demande de conseils...) qui n'ont pas besoin d'être faites entre Noël et Jour de l'An
    - celles en urgence, où le stress et l'altération de l'état général ne rendent pas pertinents les actes de mémorisation et d'appropriation d'un traitement prolongé.
    Ainsi, que l'"usager" ne soit pas "useur" du praticien.
    Que le travail demandé aux praticiens soit organisé déjà dans la tête du patient, que les droits et aussi les devoirs des deux parties soient posés et leur non-respect sanctionné des deux côtés, pour éviter gâchis, malentendus et déceptions dans les deux sens
    Un "beau " métier ne suppose pas qu'on y perde son âme.
    E Latour-de Mareüil, sage-femme, Paris

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