Exclusif : trois professionnels de santé sur quatre continuent de travailler avec une infection respiratoire saisonnière fébrile !

Paris, le mardi 25 août 2015 - Chaque jour ou presque, les médecins, notamment généralistes, reçoivent en consultation des patients qui refusent l’arrêt de travail qui leur est recommandé. Ils présentent une rhinopharyngite aiguë accompagnée de fièvre et disent souffrir d’un surcroît de fatigue et pourtant, ils refusent d’abandonner leur poste pour quelques jours. Les raisons invoquées sont nombreuses : sentiment que leur travail ne pourra être réalisé en leur absence, refus d’imposer des tâches supplémentaires à leurs collègues, conviction qu’une pathologie bénigne n’est pas une raison suffisante pour s’arrêter. Face à ces explications, les médecins mesurent souvent la différence entre ces obstinés et ceux qui jugent impossible de poursuivre leur activité professionnelle à la moindre douleur. Ils tentent parfois de convaincre les impétrants mais sans succès.

Arrêter de travail quand on est malade : une idée qui fait tousser !

Ces derniers, il est vrai, leur ressemblent beaucoup. Car médecins, infirmiers, pharmaciens font partie de ceux qui refusent d’abandonner leurs missions, même quand une rhinite ou une mauvaise toux viennent les assaillir. C’est ce que confirme un sondage réalisé sur notre site du 27 juillet au 24 août : il apparaît que la grande majorité des professionnels de santé (76 %), bien qu’atteints d’une infection respiratoire saisonnière, ne s’arrêtent pas de travailler. Plus encore, ils ne sont que 1 % à affirmer cesser systématiquement leur activité dans le but de ne pas contaminer leurs patients ; tandis que si 21% peuvent éventuellement lever le pied, c’est d’abord parce qu’ils sont fébriles et que ce symptôme sans doute amoindrit leurs capacités. Ces résultats montrent que l’idée d’infecter ses malades (qui était spécifiquement mentionnée dans le libellé de notre question) n’incite pourtant pas les professionnels à s’éloigner un temps de leur cabinet, de leur service ou de leur officine. Il apparaît même peut-être que c’est d’abord le caractère gênant de certains symptômes (la fièvre) qui peut avoir une influence décisive, avant le risque de contamination pour les malades. Cependant, on constate (à la marge il est vrai) que plus le contact entre le professionnel et le patient est susceptible d’être "étroit", plus la cessation d’activités est fréquente. Ainsi, la proportion d’infirmières affirmant ne pas arrêter de travailler en cas d’affection respiratoire saisonnière (73 %) est un peu plus faible que celle des médecins (77 %) et des pharmaciens (79 %).

Sondage realisé du 27 juillet au 23 août

Pas assez grave

Cette propension à se maintenir en activité n’est probablement pas une méconnaissance des risques de transmission aux patients (mais peut-être une certaine minimisation de cette éventualité). Les raisons expliquant cette attitude sont plus certainement d’abord liées à l’organisation du travail : l’impossibilité d’un remplacement (qui s’observe tant en ville qu’à l’hôpital) impose aux professionnels de demeurer auprès de leurs patients en dépit des risques auxquels ces derniers pourraient être exposés. S’ajoutent également parfois des considérations financières, plus prégnantes lorsque l’exercice est libéral. Enfin, des convictions d’ordre idéologique interviennent également fréquemment : dans l’esprit de beaucoup de professionnels de santé, seuls des pathologies graves peuvent justifier d’interrompre son activité.

Sur les deux rives de l’Atlantique

Ces différentes raisons ont été exprimées par un panel de professionnels de santé de l’hôpital d’enfants de Philadelphie interrogés sur leur comportement en cas d’affections saisonnières. Les résultats obtenus laissaient apparaître une tendance tout aussi marquée chez ces professionnels que chez les praticiens français à ne pas abandonner leur poste : 83,1 % des praticiens interrogés indiquaient être venus travailler bien que "malades" au moins une fois au cours de l’année écoulée. En cas de toux ou de rhinite, 75 % des professionnels se déclaraient être de même prêts à continuer à soigner.  Des proportions très élevées ne préjugeant rien de la prise de conscience du risque encouru par les patients : 95,3 % des personnels interrogés affirmaient être parfaitement conscients de ce risque.

Aurélie Haroche

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