L’Assemblée renonce à imposer un stage en zone sous dotée aux étudiants de deuxième cycle

Paris, le mercredi 20 mars 2019 – La première lecture à l’Assemblée nationale du projet de loi de santé doit se poursuivre tout au long de la semaine et devrait être l’occasion d’examiner quelques articles et amendements qui ont suscité de nombreux commentaires, tel le texte proposant d’instaurer une prescription pharmaceutique. Cependant, si le sort de cette proposition suit celui des autres amendements parlementaires, il est probable qu’il soit finalement retoqué. Toutes les initiatives visant en effet à imposer une dose plus ou moins marquée de coercition en ce qui concerne l’installation des jeunes médecins ont en effet rejetées soit en commission ou finalement en séance plénière. De la même manière, le texte qui proposait d’imposer un stage en zone sous dotée à tous les étudiants de deuxième cycle a finalement été retiré. Ses défenseurs ont en effet reconnu que cette disposition se heurterait à des obstacles pratiques trop importants pour être sérieusement envisagé. Ce stage entraînerait des « difficultés majeures » dans certaines zones qui par définition manquent de médecins et donc de maîtres de stage a constaté Thomas Mesnier rapporteur du texte, tandis que Marie Tamarelle-Verhaeghe qui avait initialement défendu le projet a reconnu que la « faisabilité n’était pas là ». Agnès Buzyn a abondé dans leur sens ; le retrait a néanmoins été regretté par certains élus de l’opposition.

Mettre les moyens là où ils manquent

Seules des dispositions organisationnelles et incitatives ont finalement été adoptées pour tenter de répondre à la problématique des déserts médicaux. Ainsi, plusieurs amendements portés par des députés LREM ont insisté sur la nécessité d’un « déploiement tout au long des études de médecine d’une offre de formation et de stage répondant aux besoins des zones caractérisées par une offre de soins insuffisante ou des difficultés dans l’accès aux soins ». Par ailleurs, les députés ont adopté un texte défendu par Stéphanie Rist (LREM, co-rapporteur du texte) qui précise qu’un décret devra chaque année assurer « une adéquation optimale entre le nombre de postes ouverts aux étudiants de troisième cycle et le nombre de postes effectivement pourvus ».

Le numerus clausus, c’est fini !

Les discussions de ces deux premiers jours de débat parlementaire se sont également concentrées sur la disparition du numerus clausus. Largement favorables à cette idée, les députés ont adopté par 74 voix sur 89 élus présents (quatre ont voté contre et onze se sont abstenus) la fin du numerus clausus pour la rentrée 2020. Cette mesure devrait permettre selon le ministre de la Santé « d’augmenter de 20 % à peu près le nombre de médecins formés ». La détermination des nouveaux modes de sélection et des passerelles entre les différents cursus fera l’objet d’un décret.  Alors qu’on le sait le flou qui demeure encore sur ces questions suscite l’inquiétude et les critiques de l’opposition et des syndicats. Parmi eux, les représentants des étudiants ont d’ailleurs fortement regretté que la réforme des épreuves classantes nationales ait été repoussée d’un an et ont demandé des garanties au gouvernement concernant la mise en œuvre de la réforme.

Moqueries sur ordonnance

Enfin, les députés ont adopté dans la nuit de mardi à mercredi les dispositions qui permettent au gouvernement de mettre en place par ordonnance une procédure de certification régulière des compétences et connaissances des médecins, infirmiers et pharmaciens. Beaucoup dans les rangs de l’opposition ont une nouvelle fois déploré que le gouvernement ait choisi en la matière (comme en ce qui concerne la définition des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) ou les hôpitaux de proximité), la voie des ordonnances. « En abuser nuit gravement à la santé » a ironisé le député LR Philippe Gosselin quand Christophe Naegelen (UDI) renchérissait dans la même veine en estimant que « c’est comme les antibiotiques, ça ne doit pas être automatique ». Malgré ces boutades, le texte adopté cette nuit prévoit que l’ordonnance concernant la certification devra être prise dans un délai d’un an à compter de la publication de la loi de santé, loi dont l’examen se poursuit avant un premier vote solennel la semaine prochaine.

Léa Crébat

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Vos réactions (2)

  • Les droits des uns et les droits des autres

    Le 21 mars 2019

    D'un côté des étudiants qui en ont bavé, qui ont des aspirations, des projets d'avenir, qui veulent un théâtre, un club hippique pour les futurs enfants, qui veulent... (Non, je ne caricature pas, ce sont des cas réels).

    De l'autre une population qui paye ses cotisations sociales, ses impôts qui financent les hôpitaux, les facs, et qui sont en droit d'attendre... égalité, c'est au fronton de la République.. Un peu désuet mais...

    Comment faire coïncider ?
    Coercition ? Ca ne fonctionne jamais.
    Incitation ? Oui, faudrait-il encore que...
    Ceux qui issus de la ruralité qui veulent la fuir, ceux qui de la ville ne peuvent supporter l'odeur du purin, la future épouse qui ...

    Dans un certain passé j'avais proposé le stage obligatoire chez MDM, MSF...
    Histoire de remettre les pendules à l'heure et de sélectionner autrement que sur la mémoire.
    Coercition, ça ne marche pas.

    J'aimerais, j'aimerais réellement retourner en Fac et pouvoir faire quelques conférences, pas médicales, non, juste sociales.
    Les joies de la ruralité.
    Mais bon, ça n'a pas que de bons côtés, quoique...
    Faut-il encore que le candidat ait le goût du risque...
    Blair-Donati le dimanche, percer un panaris, cureter une hémorroïde...
    Et la vocation...
    Parce que c'est bien de ça dont il s'agit !

    Dominique Barbelet

  • Du soucis à se faire

    Le 21 mars 2019

    Ce résultat montre que bon nombre de parlementaires parlent, écrivent, communiquent, font le "BUZZ " puis... réfléchissent! Les médecins ont du soucis à se faire.

    Dr Yves Plantard

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