Les ophtalmologistes voient d’un mauvais œil les orthoptistes

Paris, le lundi 11 octobre 2021 – Les ophtalmologistes s’inquiètent d’une future délégation de compétences au profit des orthoptistes et menacent d’une grève illimitée. 

C’est une histoire déjà vu et revu de nombreuses fois, celles de médecins vent debout contre l’extension des compétences d’une profession paramédicale (à leur détriment selon eux). Cette fois-ci, ce sont les ophtalmologistes qui expriment leur colère et leur inquiétude vis-à-vis de l’article 42 du projet de loi de financement de sécurité sociale (PLFSS) 2022, qui sera débattu en commission à l’Assemblée Nationale à partir de ce mardi. Cet article prévoit d’autoriser les orthoptistes à prescrire des lunettes et des lentilles de contact « sans passage par l’ophtalmologiste ».

« C’est un casus belli » dénonce le docteur Thierry Bour, président du Syndicat national des ophtalmologistes (SNOF). « Cet article n’a pas de sens, c’est vraiment une mesure de démédicalisation, c’est inutile et dangereux » rajoute-t-il. L’article 42 ne précise pas dans quels conditions les orthoptistes pourront procéder à ces prescriptions, mais le docteur Bour espère que cela sera limité aux personnes jeunes qui nécessitent de petites corrections. « Mais même pour cette population on estime qu’il y a une perte de chance » explique-t-il. En effet, selon les détracteurs de cette réforme, la prescription de lunettes est souvent le seul moment où les Français consultent un ophtalmologiste, consultation qui permet de détecter des pathologies potentiellement graves.

L’opposition est particulièrement forte chez les internes en ophtalmologie. Dans plusieurs villes de France comme Marseille ou Rennes, les internes ont décidé de boycotter les choix de stage, pour protester contre une décision qui « met en danger l’avenir de la profession et la santé des Français » peut-on lire sur Twitter. Dans les villes concernées, les services d’ophtalmologie seront donc vides d’internes. Les participants au boycott disent avoir le soutien des chefs de service et menacent d’une grève illimitée si le projet de réforme n’est pas retiré.

Diminution du délai d’attente pour un rendez-vous en ophtalmologie

Selon le gouvernement, cette mesure aurait pour but d’améliorer l’accès aux soins visuels pour les Français. Un faux argument pour ses détracteurs, alors que les délais pour obtenir un rendez-vous en ophtalmologie se sont fortement réduits. Le SNOF a en effet publié ce vendredi les résultats de l’étude mené à sa demande par le CSA sur le temps d’attente pour consulter un ophtalmologiste.

Selon cette étude, le délai médian est passé de 42 jours en 2019 à 26 jours en 2021.

Selon le syndicat, ce résultat est le fruit du travail mené par les ophtalmologistes pour développer la prise de rendez-vous en ligne, le travail aidé et le développement de cabinets pluridisciplinaires. Il recommande de poursuivre les efforts, en augmentant les postes d’internes en ophtalmologie et en favorisant la création de cabinets dans les déserts médicaux, afin d’atteindre l’objectif « zéro délai ».

Nicolas Barbet

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Vos réactions (1)

  • Risible

    Le 17 octobre 2021

    Pour soigner la mauvaise foi...
    Un délai médian...
    Risible quand la réponse est souvent "le docteur X ne prend pas de nouveau patient".
    Et si on parlait de pénurie organisée ?
    Ce qui arrange certains qui font travailler des orthoptistes en sous traitance.

    Dominique Barbelet

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