Nouveau variant identifié en Afrique du Sud : la « panique » mondiale est-elle justifiée ?

Le cap, le vendredi 26 novembre 2021 - Le 22 novembre 2021, le National Institute for Communicable Diseases (NICD) d’Afrique du Sud constatait une forte augmentation de l’incidence du SARS-CoV-2 dans le pays qui avait doublé en une semaine.

Depuis, en quatre jours, elle a été multipliée par 7 ! Il est vrai qu’elle était à un niveau très faible jusque-là et qu’au dernier relevé elle n’est que de 6 cas/100 000 habitants.

Dans son communiqué, le NICD écrivait être à la recherche d’un nouveau variant pour expliquer le phénomène.

Variant Nu ?

Or, hier, le NICD annonçait que la veille, les laboratoires de génomique sud-africains ont mis en évidence un « nouveau variant de COVID-19, le B.1.1.529 (…). Vingt-deux cas positifs du variant B.1.1.529 ont été enregistrés dans le pays ». Selon les premières estimations des épidémiologistes, ce variant pourrait, en fait, déjà représenter la majorité des 3 à 4000 nouveaux cas de Covid détectés chaque jour dans ce pays d’Afrique Australe. « La croissance est devenue exponentielle, en particulier chez les jeunes », a indiqué Joe Phaahla, le ministre de la Santé sud-africain, lors d’une conférence de presse. Il a également prévenu « les structures de santé qui doivent s'attendre à une nouvelle vague de malades dans les prochains jours ou prochaines semaines ».

Ces dernières 24 heures, le variant a déjà été identifiés au Botswana voisin chez 4 patients et à Hongkong, chez un voyageur en provenance d’Afrique du Sud.

« Nous attendons dans les prochains jours un nom grec pour ce nouveau variant », a estimé le Pr Tulio de Oliveira, virologue et bio-informaticien au Krisp, un des centres de surveillance d’Afrique du Sud. Il s’agira probablement de la lettre « nu », qui n’a pas encore été attribuée par l’OMS (Organisation mondiale de la santé) pour désigner un variant du Sars-CoV-2.
Selon les chercheurs ce variant est particulièrement préoccupant puisqu’il présente 32 mutations sur sa protéine Spike. D’après ce qui est connu sur d’autres souches, certaines de ces mutations pourraient rendre le virus plus pathogène, accroître son taux de transmissibilité (ce que corroborerait les données épidémiologiques sud-africaines) et le rendre plus résistant aux vaccins et aux traitements par anticorps.

« Il porte au moins trois mutations d’inquiétudes », précise au Figaro Mehdi Derhourhi, bio-informaticien à l’université de Lille et chercheur au CNRS. « L’une (N501Y) est portée par les variants Alpha (anglais), Bêta (sud-africain) et Gamma (brésilien). Une autre qui avait été repérée sur un variant mutant du variant Delta (E484A). Et une troisième qui renforce l’infection et augmente la transmission (P681H), et qui est portée également par les variants Alpha et Êta. Mais ce qui fait la dangerosité d’un variant c’est finalement la combinaison de toutes ses mutations. Ainsi, on peut difficilement en juger en les prenant individuellement. »

Chute des bourses

Déjà la fièvre s’empare du monde.

Ainsi, le Royaume-Uni a fait part dès hier dans la soirée de sa décision d’interdire l’entrée des voyageurs en provenance de six pays d’Afrique : l’Afrique du Sud, la Namibie, le Lesotho, l’Eswatini (ex-Swaziland), le Zimbabwe et le Botswana.

La Commission européenne, par la voix de sa présidente Ursula von der Leyen a également proposé de suspendre les vols depuis l’Afrique australe. L’Allemagne et l’Italie ont également annoncé ce vendredi matin refuser à court terme les voyageurs étrangers en provenance d’Afrique du Sud.
Notons également, que ce matin, les bourses du monde enregistrent de forte baisse (- 3 %, par exemple, à Paris).

La France temporise puis suit le mouvement

Ce matin, Gabriel Attal déclarait que la France déciderait « dans les tous prochains jours » et qu’il ne fallait pas oublier que l’on sait aujourd’hui peu de chose sur ce mutant.

Moins de 3 heures plus tard, face à la montée de l’inquiétude à travers le monde, le gouvernement a décidé de suspendre les vols en provenance de 7 pays d'Afrique australe, ceux déjà visés par la Grande-Bretagne plus la Namibie.

En outre, les personnes ayant voyagé au cours des 14 derniers jours dans l’un de ces pays sont invitées à se signaler aux autorités et à réaliser dans les meilleurs délais un test de dépistage RT-PCR.

Seules les surveillances génomiques et épidémiologiques permettront de savoir si l’inquiétude qui s’empare du monde ce vendredi est ou non justifiée.

F.H.

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Vos réactions (4)

  • A chaque fois le même scénario

    Le 26 novembre 2021

    Quand début 2021 il y a eu les premiers delta, on se croyait encore a l'abri.
    Avec le nu, c'est encore géographiquement loin. La vraie vie nous rattrapera vite.
    Heureusement les vaccins ARN peuvent être prêts à la carte en 3 mois. Tant mieux.

    Pr A Muller

  • Le variant "nu" plus contagieux ?

    Le 26 novembre 2021

    Pour s'exprimer sur le variant "nu" attendons les déclarations du Pr Jacques Fantini qui étudie la structure des variants et avait prédit en avril 2021 que le variant delta avait un avantage sélectif certain : impact des mutations sur la répartition du potentiel de surface (https://youtu.be/uDgTPmyQGdA à 36 minutes)

    Ici une vidéo magistrale à écouter en entier sur les variants, la balance anticorps facilitants/neutralisants en faveur des premiers pour le variant delta
    https://youtu.be/wBm1BKL4zlg

    Hélène Banoun, pharmacien biologiste, ancien chercheur Inserm, membre du Conseil Scientifique Indépendant

  • Attention...

    Le 27 novembre 2021

    ...à l’avis d’Hélène Banoun reconnu comme personnage déviant.

    Dr Georges Aulagnier

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