Nouvelle campagne pour booster le don de rein à ses proches

Paris, le jeudi 14 octobre 2021 – En 2020, qui fut, il est vrai, une année particulière, 15 % des greffes de rein en France ont été réalisées grâce à un donneur vivant, soit un taux comparable à 2019 (14 %). Année exceptionnelle ou pas, la France peine toujours à faire progresser la transplantation rénale à partir de donneurs vivants, échouant à atteindre les objectifs qu’elle se fixe elle-même (20 % en 2016). Aussi, l’écart se creuse avec nombre de nos voisins. Ainsi, en Allemagne, en 2012, près de 28 % des transplantations rénales étaient réalisées grâce au don d’un vivant. C’était le cas de 37 % des greffes rénales britanniques, 42 % en Suède et jusqu’à 51 % aux Pays-Bas.

Des bénéfices nombreux

Pourtant, les greffes de rein à partir de donneurs vivants présentent des avantages multiples. D’abord, d’une manière générale, on le sait, la transplantation est de loin le traitement le plus efficace et celui qui apporte la meilleure qualité de vie aux insuffisants rénaux chroniques. A moyen terme, il est également plus économique. Un rein issu d’un donneur vivant est par ailleurs un gage d’un greffon d’une meilleure qualité. D’une part, en raison de conditions de prélèvement bien plus confortables. En outre, il apparaît que « environ 3/4 des greffons prélevés sur un donneur vivant sont encore fonctionnels 10 ans après la greffe. Les résultats sont plus mitigés quand il s’agit de donneurs décédés, puisque le taux moyen de survie du greffon est d’environ 2/3 au bout de 10 ans ». La transplantation d’un organe prélevé chez un proche offre également des chances de réussite augmentées en raison d’une meilleure compatibilité ; c’est qui plus est le seul espoir pour certaines personnes présentant des profils HLA rares. Enfin, la greffe à partir de donneurs vivants permet de répondre aux problématiques de raréfaction des greffons.

Rôle de catalyseur des professionnels de santé

Faire progresser la transplantation rénale à partir de donneurs vivants est donc un enjeu majeur et l’objet d’une nouvelle campagne de communication dévoilée hier par l’Agence de biomédecine. Son objectif premier est de faire naître le dialogue dans les familles. Sur ce point, l’institution insiste sur le rôle de catalyseur que doivent jouer les professionnels de santé. « Le don de rein est un sujet complexe que beaucoup de patients, candidats à la greffe, n’osent pas aborder avec leur entourage. La greffe est une procédure longue et nécessite une réflexion approfondie, il est donc fondamental d’en parler en famille le plus tôt possible mais aussi à son médecin, dès que le diagnostic de la maladie est prononcé. Le médecin de famille et le néphrologue ont un rôle essentiel en parlant de cette alternative thérapeutique en consultation pour informer le patient et son entourage » explique l’Agence de biomédecine.

Rassurer et expliquer

Le second objectif de la campagne est de conforter les potentiels candidats au don quant à l’utilité majeure de leur geste pour leur proche malade, mais également de les rassurer quant à la sécurité du don. « Le prélèvement du rein est une procédure aux risques maîtrisés pour les donneurs, 98 % d’entre eux sont prêts à refaire le geste » insiste l’Agence. Par ailleurs, toutes les étapes sont détaillées, du parcours pré-don qui dure six mois et qui repose notamment sur des bilans médicaux et des démarches juridiques au suivi pos-don en passant par le moment crucial de l’hospitalisation qui dure entre 3 à 10 jours (l’intervention pour sa part est de plus en plus souvent réalisée par cœlioscopie). Enfin, la campagne a une vocation pédagogique, en rappelant les conditions pour être donneur (état de santé, lien avec le receveur et importance du consentement éclairé sont notamment évoqués).

Du don croisé aux chaînes

L’opération de communication repose sur différents supports, notamment digitaux (refonte du site dondorganes.fr, bannières en particulier sur les sites professionnels, vidéos) mais aussi plus classiques (spot radio et affiches). Enfin, le lancement de cette campagne a été l’occasion pour l’Agence de faire un point sur les dons croisés. Ces derniers n’ont en effet pas connu l’ampleur espérée. Ainsi, entre fin 2013 et fin 2018, seules douze paires-patients-donneurs ont été inclues dans un programme de dons croisés, quand l’Agence de biomédecine avait envisagé au moins 200 paires pour la même période. Les évolutions législatives récentes pourraient cependant faire bouger les choses. « La loi de la biomédecine ne cesse d’évoluer, elle devrait prochainement encourager le don croisé d’organes de rein entre vivants, en ouvrant la possibilité de mobiliser jusqu’à six paires de donneurs et de receveurs consécutifs, contrairement à deux aujourd’hui. Il sera également possible d’intercaler dans la chaîne un organe prélevé sur une personne décédée, et les opérations de prélèvement ne devront plus obligatoirement être simultanées, tout en restant dans un délai maximal de 24 heures », explique en effet l’Agence.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Mourir peut attendre

    Le 17 octobre 2021

    Joli clin d œil à 007 mais inexact puisque heureusement la dialyse permet aux insuffisants rénaux de vivre (certes avec une qualité de vie moins bonne- quoiqu elle s'améliore) en attendant un première ou une deuxième greffe. Ce qu’il n'est pas le cas pour d autres organes vitaux.

    Dr Olivier Kourilsky

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