Omicron : Big one ou Little one ?

Paris, le mardi 30 novembre 2021 – Depuis moins d’une semaine, l’identification d’un nouveau variant du virus SARS-CoV-2 auquel la lettre grecque Omicron a été donnée, a soulevé un vent de panique dans le monde entier. Les fermetures de frontières avec une grande partie de l’Afrique australe, mais aussi pour certains pays avec le reste du monde se sont en effet multipliées, au grand dam de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Cependant, cette dernière ne cache pas son inquiétude, qualifiant de « très élevé » le risque qu’Omicron pourrait faire courir. Pour l’heure, impossible de déterminer si Omicron aura la force d’un big one viral (à la manière du séisme redouté à San Francisco) ou au contraire d’un little one : perdant en virulence au fil des mutations, SARS-CoV-2 ne serait enfin plus sous son pavillon très contagieux qu’un simple rhume ?

Premier cas à La Réunion

Avant de savoir, traquons Omicron. Partout sur la planète, les laboratoires de séquençage s’activent pour détecter le variant aux si nombreuses mutations. Pour la présidente de l’Association médicale sud-africaine, le Dr Angélique Coetze, la diffusion d’Omicron en Europe ne fait pas de doute « Je suis persuadée que beaucoup de gens en Europe ont été contaminés par ce virus, mais cela n'a été que peu détecté parce qu'on était à l'affût de symptômes du Delta » a-t-elle déclaré. De fait une dizaine de cas a été repérée en Europe. Mais pas sur le territoire hexagonal, même si un cas vient d’être confirmé en France, à la Réunion. Il concerne un homme de 53 ans ayant récemment voyagé au Mozambique et ayant fait escale en Afrique du Sud. Placé à l’isolement, l’homme souffre de « douleurs musculaires et de fatigue » a indiqué le microbiologiste Patrick Mavingui membre de l’unité mixte de recherche Processus infectieux en milieu insulaire tropical (Pimit). Cette dernière a été mobilisée en urgence pour réaliser le séquençage de six prélèvements et a isolé Omicron pour l’un d’entre eux. La confirmation de ce cas à la Réunion renforce la détermination du gouvernement de surveiller avec une « attention particulière les territoires ultramarins de La Réunion et Mayotte qui sont en lien direct ou indirect avec les sept pays d’Afrique australe » (avec lesquels nos liaisons aériennes sont suspendues). Les résultats de tests d’autres cas suspects sont attendus dans la journée.

Omicron : une chance pour le monde ?

Si la vigilance est de mise, c’est parce que les premières observations faites en Afrique du Sud suggèrent une plus grande contagiosité d’Omicron. Cependant, de nombreux spécialistes appellent, plus ou moins irrités par la situation actuelle, à ne pas céder à la panique, comme l’a demandé le Président des États-Unis hier. De fait, même s’il était effectivement plus contagieux, Omicron n’est pas nécessairement plus pathogène. « Est-ce qu'il est plus dangereux que les autres? Pour le moment on n'a aucun élément pour penser qu'il est plus pathogène et ce n'est pas parce qu'il a plus de mutations qu'il est plus pathogène. Certains virologues pensent même que quand un virus mute, ça peut diminuer sa pathogénicité », signale sur BFM-TV, le Dr Boris Hansel. En écho, les premières observations d’Angélique Coetze qui portent sur une trentaine de patients suggèrent que les symptômes pourraient être plus légers que ceux de la Covid liée aux autres variants. « Je ne dis pas que qu'il n'y aura pas de maladies graves mais pour l'instant, même les patients que nous avons vus qui n'étaient pas vaccinés ont des symptômes légers », explique-t-elle. Cependant, les constatations du praticien portent sur un nombre limité de malades et sur des patients jeunes. Néanmoins, si la moindre virulence du variant se confirmait et s’il se diffusait largement grâce à une contagiosité supérieure aux autres variants, son émergence, signalerait peut-être la fin de l’épidémie ou sa transformation en pandémie de rhumes bénins.

De l’importance de vacciner le monde

Mais entre le big one et le little one, il existe une troisième voie. Celle d’une différence de situation entre les pays. La population qu’Omicron semble avoir originellement infectée est très différente des populations européennes et américaines, ne serait-ce que par son taux de vaccination. Beaucoup font remarquer que toutes les précédentes alertes concernant différents variants (tel le variant dit brésilien sans parler d’autres épisodes) n’ont finalement pas donné lieu aux catastrophes redoutées. En tout état de cause, l’arrivée de ce variant semble plaider une nouvelle fois pour une accélération de l’accès au vaccin partout dans le monde. C’est le principal message de la réunion exceptionnelle des dirigeants du G7 hier. « L’enjeu est bien la vaccination de toute la planète. Il va falloir s’y atteler de façon extrêmement sérieuse si on veut sortir de cette crise », abonde le Pr Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique, cité dans le Monde.

La troisième dose plus que jamais légitimée

Et en France ? Pour le Conseil scientifique, comme pour beaucoup de scientifiques, Omicron doit être une incitation supplémentaire à réaliser une troisième dose. Certains pourtant font remarquer que l’efficacité des vaccins pourrait être diminuée face à ce nouveau variant, préoccupation exprimée par le patron de Moderna lui-même. Certes, mais « Ce n’est pas un effet on-off. Il y aura probablement une persistance de la protection », relève Arnaud Fontanet. Il est même possible que l’immunité reboostée par la troisième dose constitue un frein net à la diffusion d’Omicron.

En tout état de cause, face à Delta qui circule actuellement en France, les premières données semblent nettement confirmer l’intérêt de cette vaccination de rappel. Les extrapolations réalisées par le spécialiste des Data, Guillaume Rozier, montrent en effet que le taux d’admissions à l’hôpital est six fois plus faible chez les personnes de plus de 80 ans ayant reçu une dose de rappel par rapport à celles dont le schéma vaccinal comporte deux doses. Cette supériorité se retrouve également dans les autres tranches d’âge.

L’Institut Pasteur, de nouveau un peu en retard

Miser largement sur la troisième dose et les gestes barrière est également le leitmotiv de l’Institut Pasteur dont les dernières modélisations signalent clairement la possibilité d’atténuer la cinquième vague (liée à Delta) grâce à ces mesures. Comme souvent déjà légèrement décalé par rapport à la réalité, l’Institut Pasteur ne parle cependant pas de la nouvelle donne que représente Omicron (sur laquelle il est vrai on ne dispose que de peu d’éléments). Il n’évoque pas non plus la possible vaccination des moins de 12 ans : sur ce point la Haute autorité de Santé vient d’émettre un avis, recommandant l’immunisation des enfants vulnérables. Telle une interminable série aux épisodes parfois similaires : encore et toujours à suivre.

A.H.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article